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Que peut l’Histoire aujourd’hui ?
Article publié le lundi 10 octobre 2016.
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A propos de Patrick Boucheron, Ce que peut l'histoire? ( Ã©dition disponible en ligne )

                                                                 

        Les Rendez-vous de Blois ont attiré ce week-end, les passionnés d’histoire ; parmi eux, les enseignants, comme chaque année, ont été nombreux à assister aux conférences. Il faut dire que l’on parle beaucoup d’histoire ces temps-ci : un jour, ce sont les querelles à propos des programmes scolaires qui font l’actualité, un autre, c’est l’instrumentalisation du passé au service de tel ou tel courant politique. Dans les médias, on donne surtout la parole à quelques-uns qui se sont autoproclamés historiens, et le plus souvent, c’est pour laisser libre cours à leur nostalgie d’un passé qu’ils croient idéal.

      Tout le monde semble avoir quelque chose à dire dès qu’il s’agit de parler de la connaissance du passé, et cette cacophonie laisse un goût amer : les courants de l’histoire scientifique sont méconnus, tout comme les spécificités de l’histoire enseignée. Au-delà de ce constat, on a parfois la joie de relever quelques exceptions. C’est le cas du travail d’historien de Patrick Boucheron, qui a été récemment élu au Collège de France. Spécialiste de l’histoire des villes au Moyen âge, il a également travaillé sur l’histoire globale à l’aube de l’époque moderne. Ses travaux, érudits et a priori peu ancrés dans le contemporain, ont toutefois trouvé un public grandissant : Patrick Boucheron s’est en effet intéressé à la manière dont on peut écrire le passé, laissant parfois libre cours à l’imagination littéraire, même si les règles de la discipline sont scrupuleusement rappelées. Surtout, il a écrit à propos des peurs actuelles, et n’hésite pas à partir d’interrogations de notre présent pour commencer une recherche historique. Les allers et venues entre les époques sont mobilisés, donnant ainsi à voir sous un jour différent les siècles passés et notre présent trop soumis aux aléas de l’actualité.

      Ses travaux sont un antidote aux réactionnaires de tout bord qui utilisent le passé au service de leurs ambitions du moment. Il donne un aperçu magistral de sa pensée dans sa leçon inaugurale : « Nous avons besoin d’histoire car il nous faut du repos Â» dit-il, et c’est bien cela dont il s’agit : faire une halte pour prendre conscience du monde qui nous entoure, et s’interroger sur ce que l’histoire peut apporter à la compréhension du présent. Boucheron fait éclater les périodes (sa chaire au collège de France porte sur la période allant du XIIIe siècle au XVIe siècle, niant ainsi la coupure académique entre le Moyen âge et les Temps modernes) et il sait se montrer indiscipliné, en ouvrant les frontières de l’histoire aux sciences sociales et à la littérature ou l’esthétique. Sa leçon inaugurale est un joli pied de nez à ceux qui pensent trouver dans le passé mythifié une justification de leurs idées présentes. À ceux-là, dit-il, il est nécessaire d’envoyer une fin de non-recevoir. L’érudition et l’imagination, mais aussi une forme d’engagement dans la cité que l’on peut que saluer, c’est ce que nous offre le travail de  Patrick Boucheron, qui fort heureusement, bénéficie aujourd’hui d’une audience plus en plus grande. Au moment de conclure sa leçon, il souligne enfin une des caractéristiques du métier d’enseignant : «Je me souviens pourquoi j’ai choisi d’enseigner l’histoire : parce que j’avais d’un coup compris que c’était prodigieusement amusant Â». Beau programme !

Pour aller plus loin:

P.Boucheron sort ces jours-ci son nouveau livre aux éditions Bayard, Comment se révolter ?

Pour le Se-Unsa et l'Unsa éducation,  la connaissance du passé et la pratique de l’histoire sont indispensables pour mieux agir au présent. Le site du Centre Henri Aigueperse en est une illustration : on y trouvera de nombreuses actions menées par notre syndicat dans le domaine de l ‘histoire sociale. 

 

 
 
 
 
 
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