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Lettre ouverte aux AED du 28 janvier 21
Article publié le mardi 2 février 2021.
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LETTRE OUVERTE AUX AED DU 28 JANVIER 2021

(extraits) 

Ce matin 28 janvier dans la grisaille me vient plus qu’une envie, un besoin.

 

Celui de parler de celles et ceux qui chaque jour m’accompagnent dans ma mission de Conseillère principale d’Education.

Celles et ceux qui sont sur le terrain, disent bonjour au portail, accueillent chacun des enfants de la République, comme ils ont été sensibilisés à le faire, avec bienveillance et fermeté sur les règles mais toujours le sourire aux lèvres, un mot pour tous et un autre pour celui qui du matin à la tête à l’envers et ne se reconnaît plus, ne sait plus pourquoi ses pas d’enfants le mènent à passer le portail vert.

A moi CPE, d’avoir un mot maintenant pour celles et ceux qui aiment ça et rĂ©alisent cet accueil dĂ©sormais, oh oui bien mieux que moi !

A force de voir depuis plus de 20 ans les AED tourner sur les vies scolaires, apprendre, essayer, certains rester, beaucoup partir, à force de les côtoyer, de leur apprendre à chaque bévue comment reprendre et recommencer, je les sais indispensables à l’air que respire nos enfants, les vôtres, les miens, tous ceux qui sont passés là où j’ai pu exercer.

ĂŠtre AED de nos jours ne s’apprend toujours pas, recrutĂ©s,  une fois sur le terrain, c’est Ă  travers l’exercice de la cour de rĂ©crĂ©ation de la cantine des permanences avec son  flot d’élèves Ă  rĂ©guler, et les tristesses de chacun, qu’ils vont prendre leurs marques.

C’est un chemin plein d'embûches, douloureux, car chaque pas dans l'établissement est une nouveauté et une curiosité.

Comment prĂ©venir l’AED qu’il trouvera peut-ĂŞtre devant lui au dĂ©tour de sa ronde dans les couloirs un professeur en pleine dĂ©tresse avec sa classe, qui s’en remettra Ă  lui pour se sauver d’eux un instant, le temps d’une heure, le temps de retrouver la manière de reprendre !

Quel savoir-faire, quel savoir ĂŞtre trouver Ă  l’embauche pour assumer l’impromptu, le chaos et ne pas perdre pied ?

Souvent je me demande comment former un AED à accueillir la détresse de l’élève qui se cache dans l’établissement parce qu’il n’a pas de quoi manger, comment espérer d’un AED qu’il s’empare de la tristesse d’un élève pour comprendre derrière que venu trouver refuge en France, maintenant il va être expulser.

Dites-moi, qui sont ces femmes et ces hommes qui accepteraient si on les prĂ©venait ?

Qui leur apprend Ă  rentrer le soir chez eux ces « soldats Â» du terrain et Ă  dormir sur tout ce que la jeunesse Ă©prouve et transpire ? 

A les côtoyer chaque jour, une évidence est là ; jeunes entrants dans la fonction, ils sont perdus déboussolés mais tiennent droit à nos côtés dans le bateau, parfois râlant, suant, tombant mais se relevant. Et puis les années passant, ce ne sont plus de jeunes entrants mais des Assistants expérimentés forts de leurs vécus d’équipe de terrain aux côtés de leur CPE.

Emplis de leurs rĂ©ussites avec des jeunes qui font confiance, des adultes qui s’en remettent Ă  eux. CPE, direction qui les Ă©coutent et se fient Ă  leur expertise. Ils sont LES collègues en capacitĂ© de prendre des initiatives, de les assumer aussi dans les deux cas, quand ça marche ou pas, des personnes qui entendent et sont avides de comprendre d’apprendre d’être utiles et qu’on s’en aperçoive.

Que ferais-je sans l’AED qui, fort de ses SIX ans d’expĂ©rience, me « bouscule Â» pour que je sorte de rĂ©union pour m’occuper d’un Ă©lève qu’elle a repĂ©rĂ© et dont elle a acquis la confiance ? Que ferais-je  pour tel Ă©lève qui sous trente jours doit partir si elle ne prenait pas en main avec moi les dĂ©marches pour sensibiliser la communautĂ© scolaire ?

Comment rĂ©gulerais-je le dĂ©crochage perlĂ© d’un tel si discret qu’on ne le voit pas, si l’AED ne me sensibilisait pas pour que je prenne du temps au temps et m’arrĂŞte plus qu’un instant avec elle pour comprendre et me mettre en route pour ce jeune avec l’équipe mĂ©dico-sociale ?

Comment je dĂ©passerais mes blocages sur l’ordinateur, si je n’avais pas toujours la possibilitĂ© d’avoir recours Ă  mon collègue AED bienveillant qui avec la plus grande simplicitĂ©, m’apprend les contours des logiciels et leurs vicissitudes, d'Audacity pour les enregistrements Ă  vidĂ©o media player et tant d’autres dont on a dĂ©sormais besoin pour parler la mĂŞme langue que les Ă©lèves et les toucher ?

Comment ferais-je sans l’AED de bureau qui chaque jour me voit lui demander d’être attentif Ă  untel untel et untel? Et comment ferais-je sans ses qualitĂ©s devenues dignes d’un vrai secrĂ©tariat ?

Je serais moins performante, moins à l’écoute et sans doute marquée par le fossé que creuse la place de plus en plus prégnante de l’administratif dans mon métier. Je ne ferais plus le même métier.

Heureux d’être investis et responsabilisés, sérieux et pugnaces, ne lâchant rien, ils sont convaincus qu’ensemble à chaque jour et chaque minute où un échange a lieu avec un jeune, l’avenir se dessine meilleur !

Les équipes des vies scolaires sont des refuges pour les élèves en errance avec eux même et des repères pour les autres.

Quoi qu’on en dise quoi qu’on en pense, le rappel du cadre est un cadre au sens d’un lieu virtuel oĂą l’élève existe en tant que jeune ĂŞtre en devenir, Ă©coutĂ©, parfois ou souvent disputĂ© mais entendu! Quand une toile d’artiste est encadrĂ©e elle prend tout son sens, sa valeur, elle s’envole dans nos tĂŞtes et nous emmène ailleurs de l’intĂ©rieur ! MĂŞme le Street Art a son cadre … Il ne serait pas ce qu’il est sans les murs !

Nos jeunes sont les créateurs du monde de demain, dans nos établissements ils ont besoin des assistants d'Éducation bien au-delà de ce que nous imaginons.

Pour tous ceux qui sont investis, heureux de cette mission indispensable au bien être des élèves et au bon encadrement des vies scolaires,

,je lance un appel sous le ciel bas du 28 janvier 2021 : gardons-les !

Qu’au bout de six ans, ils restent auprès de nos enfants de nos jeunes qu’ils continuent à nous aider à nous soutenir, que l’on puisse continue

Ă  collaborer et fructifier ensemble.

 Rendons leur grâce, quand ils restent six ans !

 Oui !  Ils en ont fait un vrai mĂ©tier, ils ont gagnĂ© leurs galons !

 

GARDONS-LES !

A Sophie, AnaĂŻs, Anne Laure  Houria, Kaoutar, Vincent, Samy, Mohand et tant d’autres

     Catherine Millioz

seunsaaedlyon@gmail.com

 


 



 

 
 
 
 
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