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SE-UNSA 58


 Par SE-UNSA 58

NON au recrutement au rabais dans l’académie de Dijon !

 

Lettre ouverte aux IPR de Lettres  

C’est avec une vive colère, que nous avons pris connaissance du message adressé à l’ensemble des enseignants du second degré, émanant de l’inspection des Lettres, et proposant à n’importe quel.le collègue volontaire de venir enseigner le français au collège. Un tel courrier est un affront. Il ne se contente pas de mépriser notre discipline : il la piétine.  

Comment peut-on, en toute conscience, prétendre qu’il suffit de « savoir parler français » pour pouvoir l’enseigner ? Comment ose-t-on envisager sérieusement une formation express bricolée à partir de quelques liens institutionnels comme une alternative à un véritable parcours universitaire et professionnel ? Et depuis quand une attestation bricolée vaut-elle un concours national ?  

Quel mépris institutionnel insupportable envers les professeur·es de Lettres — un mépris d’autant plus choquant qu’il vient de celles et ceux qui devraient les soutenir !  

Le contenu de la pièce jointe, censé détailler cette « initiative audacieuse », est une seconde gifle. Enseigner le français devient un appoint, une discipline complémentaire, presque un hobby pour professeur.e en mal d’occupation. Quelle violence pour celles et ceux qui se sont engagé.e.s dans des années d’études, de préparation, de concours, et d’une pratique pédagogique exigeante et passionnée !  

Dijon, « Académie Audacieuse et Engagée » prend ici une tournure bien cynique. Audacieuse ? Oui : pour bafouer la profession. Engagée ? Sûrement : dans le démantèlement du métier et de l’Ecole publique.  

Cette annonce a légitimement provoqué une vague d’indignation, aussi bien dans les collèges, principaux visés par cette mascarade, que dans les lycées. Un·e collègue de Sciences Physiques, d’anglais ou d’EPS, aussi compétent·e soit-il ou elle dans sa propre discipline, pourra-t-il improviser des séquences de lecture analytique, d’histoire littéraire, de grammaire ou de commentaire de texte ?  

Le malaise est profond, et cette initiative ne fait qu’enfoncer le clou. Oui, nous savons que le recrutement dans notre discipline est en crise. Mais ce n’est pas une raison pour proposer des solutions absurdes, bricolées et méprisantes. Et pourquoi ne pas proposer aux professeur·es de Lettres d’aller enseigner les mathématiques, la technologie ou l’éducation musicale pendant qu’on y est ? À ce niveau de déni, tout devient possible.  

Voilà donc ce que l’on pense des Lettres aujourd’hui ? Une matière accessoire, qu’on peut bricoler en complément d’un autre service ? Une variable d’ajustement dans une politique de gestion de la pénurie ?  

Faut-il rappeler que nos collègues sont déjà à bout ? Que les effectifs explosent, que les injonctions se multiplient, que les tâches annexes étouffent le cœur même du métier ? Et pourtant, on leur demande encore plus. Plus, toujours plus. Et maintenant… autre chose.  

Le problème du manque d’enseignant·es ne se réglera pas à coups de bricolages hasardeux et improvisés, de certifications au rabais ou de promesses creuses. Il se résoudra par des choix politiques clairs : revalorisation du métier, amélioration des conditions de travail, respect des savoirs et des savoir-faire.  

Nous refusons d’être les spectateurs passifs de cette déchéance organisée. Les professeur·es de Lettres ne sont pas interchangeables. Enseigner le français, c’est un métier. Un vrai. Respectez-le.  

Nous vous demandons donc fermement et sans ambiguïté : abandonnez immédiatement cette expérimentation absurde et méprisante !

 

Vos représentants académiques du SE UNSA