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Deux heures hebdomadaires supplĂ©mentaires d’APS pour les collĂ©giens : quand deux ministères dĂ©considèrent les professeurs d’EPS
Article publié le vendredi 12 mai 2023.
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Le dispositif « deux heures hebdomadaires supplĂ©mentaires d’activitĂ© physique et sportive pour les collĂ©giens Â» (anciennement « deux heures supplĂ©mentaires de sport au collège Â») ne se dĂ©ploiera finalement Ă  la rentrĂ©e prochaine que dans 700 collèges, loin de la gĂ©nĂ©ralisation annoncĂ©e par le ministre en dĂ©but d’annĂ©e. Ce recul prudent sonne comme un aveu de faiblesse de la part du ministère qui doit composer avec les incohĂ©rences d’un dispositif contestĂ©.
 
 
Deux heures de quoi au juste ?
 
Le Bulletin officiel n° 17 du 27 avril 2023 acte l’élargissement du dispositif expĂ©rimental des « deux heures Â» Ă  la rentrĂ©e prochaine dans 700 collèges (contre 169 aujourd’hui). Auparavant nommĂ© « 2 h de sport supplĂ©mentaires Â», le dispositif est rebaptisĂ© pour l’occasion « 2 h hebdomadaires supplĂ©mentaires d’activitĂ© physique et sportive Â».
 
Si le changement de nom répond sans doute à la volonté de rectifier une nuance de taille (on ne fait pas à proprement parler de sport au collège, on s’éduque par le sport), le contenu, lui, reste identique.
 
Rappelons que l’objectif visĂ© conjointement par les ministères des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques (MSJOP) et de l’Éducation nationale et de la Jeunesse (MENJ), est de « soutenir la pratique sportive des collĂ©giens qui connaissent, entre 11 et 14 ans, un dĂ©crochage significatif de la pratique sportive Â».
Le principe consiste, pour les chefs d’établissement volontaires, Ă  « proposer une organisation dĂ©diĂ©e permettant de mettre en Ĺ“uvre deux heures d’APS par semaine sur le temps pĂ©riscolaire, Ă  destination des Ă©lèves les plus Ă©loignĂ©s de la pratique sportive. Â» Les crĂ©neaux ainsi dĂ©gagĂ©s sont communiquĂ©s aux Drajes, tout comme la disponibilitĂ© des installations sportives du collège (quand il en dispose…).
 
 
Quels animateurs ?
 
Pour assurer l’animation de ces deux heures, les recteurs de rĂ©gion acadĂ©mique mobilisent les acteurs sportifs locaux. Cela inclut les associations sportives affiliĂ©es aux fĂ©dĂ©rations sportives agrĂ©Ă©es, ou encore celles agrĂ©Ă©es « Sport Â» ou « Jeunesse Éducation Populaire Â». Les structures des loisirs sportifs marchands peuvent Ă©galement proposer une offre dans le cadre du dispositif. La gratuitĂ©, recherchĂ©e prĂ©cĂ©demment, est dĂ©sormais de mise, puisqu’il sera financĂ© par le MSJOP.
 
L’animation des « deux heures Â» sera donc assurĂ©e par des Ă©ducateurs sportifs, ou bien par des professeurs d’EPS volontaires, Ă  condition de solliciter une autorisation de cumul d’activitĂ©s, en plus de leurs obligations rĂ©glementaires de service, « dès lors qu’[ils sont dĂ©tenteurs] de la carte professionnelle d’éducateur sportif Â».
 
 
Vers une externalisation assumée de l’EPS au collège
 
Dans ce texte coécrit par le MSJOP et le MENJ, il n’est pas surprenant que le ministère des Sports soit le premier signataire. Bien que se voulant complémentaire de l’EPS et de l’offre des associations sportives scolaires, on ne voit pas bien comment ce dispositif peut faire exister cette complémentarité à la manière dont sont présentées les choses.
 
C’est plutôt à un détournement des valeurs de l’EPS et du sport scolaire que nous assistons là. En prenant pour prétexte la santé et le bien-être des jeunes - que ce dispositif est censé améliorer - les deux ministères nient l’important travail mené par les PEPS depuis très longtemps auprès de leurs élèves pour les sensibiliser à une pratique physique et sportive régulière. De plus, plutôt que de donner de véritables moyens à la pratique de l’EPS et aux enseignants, ils préfèrent confier aux acteurs sportifs la responsabilité de la santé et du bien-être de nos élèves, comme si les professeurs d’EPS ne s’en étaient jamais préoccupés.
 
La possibilitĂ© offerte aux enseignants d’animer le dispositif en club, soumise Ă  une demande de cumul d’activitĂ©s en plus de leur service rĂ©glementaire de 20 h, n’est pas audible. Combien de PEPS, dans ces conditions, s’investiront dans le dispositif ? Non seulement cette exigence s’inscrit dans la mĂŞme logique du « travailler plus pour gagner plus Â» qui a donnĂ© naissance au Pacte enseignant, mais elle ne fait que souligner et admettre la contradiction qui domine l’ensemble : professeur d’EPS et Ă©ducateur sportif sont deux mĂ©tiers diffĂ©rents.
 
En outre, comment assurer la « cohĂ©rence et la complĂ©mentaritĂ© avec le volet pĂ©dagogique d’EPS du projet d’établissement Â» voulue par les ministères, si les PEPS sont Ă©cartĂ©s de fait ? Gageons que la « concertation avec l’équipe pĂ©dagogique d’EPS Â», qui devra en sus assurer la promotion du dispositif auprès des familles, se fera sur un temps supplĂ©mentaire non rĂ©tribuĂ©.
 
 
L’avis du SE-Unsa
 
VĂ©ritable vitrine ministĂ©rielle d’une « nation sportive Â» prĂŞte Ă  accueillir les prochains Jeux olympiques et paralympiques, le dispositif des « deux heures Â» a tout d’une vaste opĂ©ration de communication qui envoie un très mauvais message Ă  la profession.
 
Le MSJOP et le MENJ semblent regretter que certains Ă©lèves soient « Ă©loignĂ©s d’une pratique physique et sportive rĂ©gulière Â» ou ne soient pas « inscrits Ă  l’association sportive scolaire ou dans une structure sportive Â», c’est pourquoi le dispositif leur est dĂ©diĂ© en prioritĂ©. Dans ce cas, pourquoi financer un dispositif basĂ© sur le volontariat des Ă©lèves, quand il suffirait de donner plus de moyens Ă  l’EPS, qui est un enseignement obligatoire et touche donc l’ensemble des Ă©lèves, et davantage de visibilitĂ© et de possibilitĂ©s Ă  l’UNSS, par exemple en garantissant la gratuitĂ© des transports ?
 
À la place, les deux ministères externalisent la pratique de l’activité physique et sportive, imposant un cumul d’activités aux PEPS volontaires, et excluant les enseignants ou leurs représentants des comités de pilotage territoriaux, où seront bien présents, en revanche, les représentants des fédérations sportives.
Quant au choix des collèges « volontaires Â» par les recteurs, nous pouvons imaginer qu’il se portera sur des Ă©tablissements dotĂ©s d’installations sportives, ou Ă  proximitĂ© de clubs. MĂŞme s’il est demandĂ© qu’ « une attention particulière devra […] ĂŞtre portĂ©e aux zones de revitalisation rurale (ZRR) et aux quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) pour trouver une offre adaptĂ©e Â», on peut difficilement imaginer que tous les Ă©lèves qui le souhaitent pourront bĂ©nĂ©ficier de ce dispositif, et supposer que sa gĂ©nĂ©ralisation annoncĂ©e puis abandonnĂ©e s’est probablement heurtĂ©e Ă  cet Ă©cueil. Ce n’est pas ainsi que les ministères rĂ©soudront les inĂ©galitĂ©s entre les territoires.
 
Rappelons enfin que l’une des 5 compĂ©tences travaillĂ©es dans les programmes de l’EPS du Cycle 4 a pour intitulĂ© « Apprendre Ă  entretenir sa santĂ© par une activitĂ© physique rĂ©gulière Â» : les PEPS n’ont pas attendu le dispositif des « deux heures Â» pour prendre conscience des dangers de la sĂ©dentaritĂ©, comme en tĂ©moignent leur investissement et leur grande capacitĂ© d’adaptation pendant la crise Covid, afin que leurs Ă©lèves continuent de pratiquer. Le MENJ et le MSJOP devraient, s’ils souhaitent accroĂ®tre la pratique physique et sportive des jeunes, commencer par s’assurer que tous les territoires soient dotĂ©s d’installations sportives et d’infrastructures accueillantes, praticables et accessibles, ce que le SE-Unsa revendique depuis longtemps.
 
Les professeurs d’EPS, soucieux de la santé et du bien-être de leurs élèves, ont besoin d’être considérés, pas d’être remplacés.

 

 
 
 
 
 
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