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Réforme de la formation : tout ce qu’il faut savoir
Article publié le mardi 2 avril 2019.
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Ce que propose le gouvernement, cliquez ici.

Cela vous permettra de décrypter la majorité des changements annoncés présentés par le ministère.

 

Le dispositif sera déployé à la rentrée scolaire  2019 :

  • *dans les écoles (1er degré) des académies d’Amiens, Créteil, Guyane, Lille, Limoges, Lyon, Reims, Rouen, Strasbourg et Versailles 
  • *dans les collèges (2nd degré) dans les disciplines : allemand, anglais, lettres modernes et mathématiques.

 

Notre décryptage sur le concours de recrutement :  vrai ou faux ?

 

Un consensus

 

 

Les épreuves des concours de recrutement se déroulent actuellement en fin de première année de master Meef. Cette première année qui devrait être dédiée à la formation est la plupart du temps transformée, de fait, en année de bachotage du concours. Il ne reste alors plus que l'année de stage pour à la fois être formé en Espé, obtenir son master 2, être titularisé et vivre sa première expérience en responsabilité en école ou en établissement. Ce dispositif est une cote mal taillée, il y a donc des évolutions à apporter dans le cadre de la formation initiale (voir notre article), dont une réflexion sur les concours.

 
La phrase qui met le feu aux poudres
 
"La vocation normale c’est que le concours [de recrutement des professeurs de collège et lycée] se passe en M2", a déclaré Jean-Michel Blanquer, mercredi 23 janvier 2019, lors de son audition à l’Assemblée nationale.
 
Le ministre assène cette affirmation gratuite en ne se reposant sur rien qui n'ait été annoncé ni même concerté, alors même qu'en parallèle, la réforme de la formation initiale est en pleine réflexion.
 
La place ou le contenu des concours ?
 
Pour le ministre, la solution se trouverait donc dans le changement de place du concours en fin de master 2.
 
Le SE-Unsa est défavorable à cette mesure : changer une fois de plus la place du concours ne fera que brouiller le message et déstabiliser une fois de plus à la fois les étudiants et les équipes des Espé qui sont épuisées. Le SE-Unsa partage les inquiétudes et les avis du réseau des Espé (communiqué du 11 février) : ce qui est important, c'est la nature des épreuves des concours.
 
Les concours : quels enjeux pour l'Ecole ?
 
Placer le concours en fin de master 2, c'est repousser d'une année le premier salaire des futurs enseignants et CPE, ce n'est pas ainsi que l'on améliore l'attractivité du métier, mais surtout, c'est une démotivation forte pour les étudiants qui ne pourront pas financer leurs études.
Le SE-Unsa souhaite une démocratisation de la formation, chaque étudiant, quelle que soit son origine sociale, doit pouvoir se projeter dans les métiers de l'enseignement et de l'éducation et être accompagné dans son parcours de formation.
 
Un concours en fin de master 2, c'est le risque de séparer les formations des premier et second degrés, avec les futurs professeurs des écoles dans les futurs Inspé et les futurs professeurs et CPE du secondaire dans les universités, sans jamais croiser les regards.
Le SE-Unsa milite pour qu'il n'y ait pas de décrochage entre les dégrés, que tous puissent être formés aux valeurs partagées pour une école inclusive (tout en respectant les spécificités).
 
Un concours en fin de master 2, pour quelle type formation et quelles épreuves au concours ?
Pour le SE-Unsa, la formation doit être professionnalisante et les épreuves des concours doivent prendre appui sur des attendus professionnels, et non purement disciplinaires. Il ne s'agit pas de former des spécialistes disciplinaires, mais des experts en pédagogie et en didactique, des experts de terrain, des experts des nos élèves.
 
La question de la place et du contenu des concours n'est pas une simple question de maquette, mais c'est une question fondamentale : quelle génération d'enseignants veut-on pour nos élèves ?

 

La préprofessionnalisation : un dispositif non abouti

 
Depuis plusieurs mois, les chantiers concernant la formation des enseignants et des CPE ont été ouverts, et pour certains, des textes devaient être présentés de manière précoce au CTMEN du 30 janvier 2019 mais ont finalement été retirés face à tant de précipitation, puis réexaminées le 21 février. Quels sont les enjeux ?
 
Un enjeu majeur
 
Découvrir la réalité et l’exercice du métier après 4 ou 5 ans d’étude est trop tardif. Certains réalisent que ce métier ne convient pas à leur aspirations, d’autres ne se projettent pas à si long terme, et souvent pour des raisons financières. La découverte du métier doit donc avoir lieu en amont de la formation initiale, il s’agit de la préprofessionnalisation.
L’enjeu est double :
  • augmenter l’attractivité du métier et assurer un vivier de recrutement ;
  • former des professeurs compétents parmi la grande diversité des profils des étudiants de tous horizons.
 
Le SE-Unsa est favorable au principe de  préprofessionnalisation, s’il permet une entrée progressive dans le métier et soutient, y compris financièrement, des étudiants dans leur projet de formation. Une préprofessionnalisation a du sens si, d’une part l’étudiant réussit à la fois ses études et ce parcours de formation (qui doit lui permettre de consolider son envie d’exercer les métiers de professeur ou CPE, et de réussir le concours), et d’autre part les élèves réussissent leur formation, c’est-à-dire s’il y a la garantie d’un plus pour le système éducatif et non d’un moins.
 
Des dispositifs de préprofessionnalisation actuels
 
Il existe actuellement des dispositifs de découverte du métier, dit de préprofessionnalisation : des UE dédiées au sein des parcours de licences, les dispositifs Étudiants apprentis professeurs (EAP) à destination des étudiants de licence 2 et 3 qui sont rémunérés pour effectuer deux demi journées de présence en école ou établissement avec des missions de surveillance, d’accompagnement et d’enseignement, les dispositifs de master Meef 1 alternant où les étudiants effectuent un tiers de service en école et ont un cursus de formation adapté.
 
Le SE-Unsa a soutenu la mise en place de ces dispositifs.
 
Le dispositif nouveau : les contrats de préprofessionnalisation
 
Dans le cadre de l’agenda social, en tenant compte des dispositifs déjà existants, de leur réussite et de leur points faibles, le ministère a présenté le dispositif des contrats de préprofessionnalisation.
Après plusieurs mois, n’a vu le jour que le décret de création des contrats de préprofessionnalisation, en lien avec les articles 13 et 14 du projet de loi pour une école de la confiance, avec application à la rentre 2019 . Il s'agit de créer un contrat de droit public de 3 ans (avec prolongation d'une année possible), qui sera un aménagement de l’actuel contrat des AED (Assistants d’éducation) afin de pouvoir exercer des missions d’enseignement, d'accéder aux concours externes et internes, et d’être rémunérés tout en bénéficiant de bourses sur critères sociaux. Le recrutement des étudiants en L2 sera piloté par le recteur en lien avec les établissements.
 
Un arrêté précisera les indices de rémunération. Les valeurs mensuelles nettes, pour ce contrat de 39 semaines avec 8 heures de présence effective (temps de formation inclus), pour 12 mois, seraient de : en L2, 693 €, en L3,  963 €, en M1, 980 €, cumulables avec les bourses sur critères sociaux.
 
Si les conditions de recrutement et de rémunération sont donc maintenant connues, il faudra attendre une circulaire qui détaillera le descriptif de la fiche technique présentée il y a plusieurs mois : organisation du temps entre l’établissement et l'université, organisation de la formation, organisation du tutorat, activités pédagogiques confiées.
 
Pour le SE-Unsa, trop de questions restent sans réponses concrètes et pragmatiques. Si l'objectif "financier" de permettre à tous les étudiants, quelle que soit leur origine, d'accéder aux études pour devenir enseignants ou CPE semble atteint, il y a encore trop d'incertitudes sur la mise en place du dispositif. Le SE-Unsa demande que tout le dispositif soit concerté, pour pouvoir se prononcer.
 

Les Espé deviennent les Inspé : fallait-il changer ?

Les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation seront rebaptisées, 5 ans après leur création, Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation. Un changement symbolique et politique.
 
Former ou formater ?
 
Pour le SE-Unsa, il ne fallait pas changer le nom des Espé (lire notre article). Au-delà du coût pour le changement de signalétique, cette nouvelle dénomination va brouiller le repérage des Espé comme école de formation, déstabiliser une fois encore les étudiants qui se destineraient aux métiers du professorats et de l’éducation, épuiser les équipes au sein des Espé. Si le ministre justifie le changement de dénomination dans un souci d’égalité territoriale, il s’agit davantage pour lui de formater la formation, ce que le SE-Unsa refuse.
 
Malgré tout, une victoire. Initialement rebaptisés INSP dans le projet de loi pour une école de la confiance, l’Unsa Éducation a obtenu que soit ajouté le é (lire notre article).
 
Quelle gouvernance pour les Inspé ?
 
Au-delà d'un changement de nom, la gouvernance de ces structures est elle aussi remise en question. Les directeurs des futurs Inspé seront désormais nommés par le gouvernement et non plus élus comme actuellement. Cela traduit une volonté politique forte du ministre de l'Éducation nationale de reprendre la main sur la formation des enseignants et CPE. Le risque de voir les Inspé se couper des universités est donc à craindre.
 
Pour le SE-Unsa, la formation doit prendre en compte la diversité des publics, et proposer des parcours adaptés en fonction des compétences déjà acquises, pour une réelle démocratisation de l’enseignement, avec des enseignants et des CPE qui puissent s’adapter à la diversité des conditions d’exercice et qui ne soient pas en décalage avec les élèves.
 

 

 
 
 
 
ALC