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Avec le FN, on est loin de l’école du peuple
Article publié le lundi 17 octobre 2016.
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CrĂ©Ă© en 2013, le Collectif Racine vise Ă  rallier les enseignants au Front National. Après avoir donnĂ© des consignes de vote aux Ă©lections professionnelles 2014 (en appelant Ă  voter pour FO et le Snalc), ce collectif vient de faire 100 propositions Ă  la candidate Marine Le Pen. Le SE-Unsa observe que le mot « penser Â» n’y figure pas…
 
Une extrĂŞme droite banale et paresseuse 
Dans ce manifeste, toutes les figures imposées de l’extrême droite sont présentes. Sans surprise, le totem autoritaire côtoie le tabou pédagogique.
L’apprentissage de la lecture se conjugue Ă  l’autoritĂ© du maĂ®tre, forcĂ©ment Ă  rĂ©affirmer. Le collège unique est honni pour ne pas mĂ©langer les torchons et les serviettes… On veut recruter des professeurs de « droit et civisme Â», une nouvelle discipline destinĂ©e Ă  remplacer la philo (pourtant rĂ©duite) en voie professionnelle.
Le prĂ©visible « retour aux fondamentaux Â» est la solution Ă  tout, accompagnĂ© par 3 heures de latin rendues obligatoires « pour les 4è et 3è se dĂ©terminant vers la poursuite d’études longues Â». En histoire, le roman national va « forger l’appartenance Ă  la nation, pour orienter la conduite Â». Tout un programme.
La traditionnelle proposition des droites, dites fortes, de supprimer les allocations familiales aux parents des élèves absentéistes, est naturellement présente. Pourtant, ce dispositif mis en place sous le quinquennat précédent a fait preuve de sa totale inefficacité.
 
Le tabou pédagogique
Pour énerver l’extrême droite, parlons pédagogie.
Selon le Collectif Racine, il faudrait supprimer le conseil pĂ©dagogique au collège et abolir la « logique des cycles et des compĂ©tences Â». Ou encore supprimer les EspĂ© et le Conseil supĂ©rieur des programmes, ainsi que « les Ă©preuves de mise en situation pĂ©dagogique, Ă  la fois artificielles et idĂ©ologiques, des concours de recrutement, en recentrant l’ensemble des Ă©preuves des concours sur les exigences et la maĂ®trise des savoirs disciplinaires. » Et de revendiquer « le cours magistral Ă  tous les niveaux dans toutes les disciplines Â», la mĂ©thode syllabique et la notation chiffrĂ©e, mais aussi la proscription des « pseudo-enseignements ludiques qui, s’ils peuvent avoir quelque vertu Ă©ducative, n’en ont aucun en termes d’instruction Â».
La belle affaire… mais pourquoi ? Difficile de comprendre cette haine pĂ©dagogique sĂ©culaire, qu’éprouvent l’extrĂŞme droite et ses lieutenants brevetĂ©s en conservatisme, tel Jean-Paul Brighelli et consorts. Pour le SE-UNSA, une explication est Ă  rechercher dans le sens qui est donnĂ© Ă  l’éducation. Alors que nous militons pour une Ă©ducation Ă©mancipatrice, libĂ©ratrice qui donne Ă  penser, d’autres prĂ©fèreraient une Ă©ducation synonyme d’obĂ©issance et de soumission. Ainsi, les pĂ©dagogies actives qui interrogent le rĂ©el, produisent du commun et forgent les consciences relèvent-elles d’un choix politique qui n’a jamais Ă©tĂ© celui des conservateurs, qui veulent un entre-soi scolaire Ă©litiste, Ă  l’abri de toute contamination sociale et culturelle.
Ces choix ne relèvent pas simplement de l’école, ce sont des choix de société qui doivent être énoncés comme tels aux électeurs, particulièrement à l’orée de la campagne présidentielle, où l’école sera placée au centre d’intérêts qui la dépassent.
 
Des positions liĂ©es Ă  l’actualitĂ© qui confortent les inĂ©galitĂ©s
Farouchement opposĂ© Ă  la rĂ©forme des rythmes scolaires Ă  l’occasion de sa mise en place, que propose l’extrĂŞme droite aujourd’hui ?
Principale proposition : supprimer les TAP. Ce n’est pas la proposition la plus courageuse du programme puisque leur mise en place n’a jamais Ă©tĂ© obligatoire. Ainsi, selon le Collectif Racine, les TAP, qui fatigueraient les Ă©lèves, devraient ĂŞtre remplacĂ©s par des Ă©tudes dirigĂ©es qui, elles et c’est bien connu, ne fatigueraient personne. Enfin, une grande consultation nationale serait mise en place afin de trouver le meilleur rythme d’apprentissage des Ă©lèves, sans pĂ©naliser l’industrie touristique. Bref, la baudruche se dĂ©gonfle au rythme… de l’actualitĂ©
Quant à la réforme du collège, il faut évidemment l’abroger, en même temps que toute la loi de refondation, et rétablir l'orientation dès la 5ème.
Ainsi le Collectif Racine dĂ©ploie-t-il ses solutions paresseuses : quoi de plus simple que le tri des Ă©lèves, surtout prĂ©coce, quand les Ă©duquer est difficile ? Au lieu d’une Ă©cole inclusive, bienveillante et progressiste, il propose la sĂ©lection Ă  tous les Ă©tages avec des examens d’entrĂ©es en 6ème et Ă  l’universitĂ©, l’apprentissage Ă  14 ans. Le SE-Unsa observe que la sĂ©lection s’opère dĂ©jĂ  avec des inĂ©galitĂ©s croissantes dans notre système scolaire. Face Ă  ces inĂ©galitĂ©s, deux camps se distinguent : ceux qui veulent les rĂ©duire et ceux qui veulent les cacher, comme le prĂ©conise la proposition visant Ă  rendre l’uniforme obligatoire au primaire, qui est une manière de mettre la poussière sous le tapis. Pour le SE-Unsa, les inĂ©galitĂ©s, ça se combat.
 
Une laïcité en peau de lapin
L’ambition laĂŻque est l’essence du SE-Unsa. Depuis quelques annĂ©es, ce principe constitutionnel est dĂ©voyĂ© par certains. La question actuelle demande rĂ©flexion :  « est-ce qu’on se sert de la laĂŻcitĂ© pour que les gens se sentent français ou s’en sert-on pour qu’ils se sentent Ă©trangers ? Â».
Le Collectif Racine est bien timide sur ce sujet. Tout au plus demande-t-il l'extension à l'université de la loi de 2004 sur les signes religieux ostensibles à l'école, en omettant de poser le problème de l’Alsace-Moselle et de tous les territoires français bénéficiant d’un statut d’exception.
De mĂŞme, une proposition vague vise Ă  conserver « les spĂ©cificitĂ©s Â» de l’enseignement privĂ©. Position classique de l’extrĂŞme droite, qui a dĂ©filĂ© avec l’épiscopat Ă  l’occasion de la manif pour tous notamment.
Pour le SE-UNSA, le financement des Ă©coles privĂ©es n’a plus guère de justification sociale et scolaire. Cela aboutit Ă  des phĂ©nomènes d’apartheid qui sont autant de dettes envers la jeunesse. Comment expliquer que la France finance la concurrence Ă  son propre service public, si ce n’est pour des raisons honteuses ou assumĂ©es de sĂ©grĂ©gation ?
 
L’école du Collectif Racine, c’est une centrifugeuse sociale, destinĂ©e Ă  sĂ©parer le jus de la pulpe. Quel paradoxe ! L’extrĂŞme droite s’adresse actuellement au peuple pour dĂ©noncer les Ă©lites, sauf pour l’école, oĂą la pulpe restera, avec ce programme, dans son jus.
 
 
 
 
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