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Audrey Chapelain répond à nos questions au sujet de son livre "prof"
Article publié le dimanche 22 mai 2016.
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Comment t’est venue l’idĂ©e du livre ?

- Le projet est né d’un véritable besoin personnel. Lors des vacances d’octobre dernier, j’étais en famille, en vacances dans le Mercantour. L’envie m’est soudainement venue de mettre par écrit mes idées pour y voir plus clair. Voilà près de cinq années, depuis mon affectation dans un établissement Rep, que je mets en place divers dispositifs dans mes classes pour répondre aux différents besoins éducatifs de mes élèves. Je doute sans cesse, recherche, teste, critique, analyse… Au fil du temps, je n’y voyais plus très clair. Si le doute me fait avancer, j’avais aussi besoin de visualiser la cohérence de mes démarches.

Comment en es-tu venue Ă  ĂŞtre Ă©ditĂ©e ?

- Mon mari m’a lue et m’a encouragée à l’envoyer à des maisons d’édition. N’y connaissant absolument rien, j’ai observé l’étagère de mon bureau sur laquelle j’entrepose les livres traitant de pédagogie que je dévore, fait quelques photocopies et ai expédié tout ça, persuadée que je ne serais jamais éditée. Quelques semaines seulement après, j’ai été contactée par l’Harmattan. Là, ce fut un peu la panique… La peur de me mettre ainsi à nue, soumise aux critiques… Mais j’étais allée trop loin. Il me fallait bien assumer ce geste fou d’avoir un jour déposé mes enveloppes dans la boîte aux lettres.

As-tu demandĂ© des conseils et des avis avant d’être Ă©ditĂ©e ?

- Oui bien sĂ»r. J’ai d’abord fait relire mon texte Ă  ma principale adjointe afin d’être sĂ»re que mes propos ne nuiraient pas Ă  notre institution. Elle m’a encouragĂ©e. Je me suis alors tournĂ©e vers la rĂ©fĂ©rente de l’innovation pĂ©dagogique de mon acadĂ©mie avec laquelle j’avais travaillĂ© auparavant dans la cellule EIP. Elle a alors acceptĂ© de me prĂ©facer. Il ne me restait plus qu’à trouver une illustration. Je voulais quelque chose de simple, d’authentique et surtout pas « prise de tĂŞte Â». J’ai demandĂ© Ă  mes enfants. Ma fille a sautĂ© sur l’occasion. VoilĂ  donc le livre Ă©ditĂ© et ma petite fille trop fière d’avoir son nom sur la couverture !

Qu’attends-tu de ce livre ?

- J’espère vraiment que toutes les discussions qui pourront naître autour de ce livre, qu’elles partent de critiques positives ou négatives, permettent de faire tomber les murs de nos classes, entre lesquels nous sommes trop nombreux à nous murer. Si le génie et l’inventivité de chaque professeur rencontraient celles de ses collègues, l’Education nationale ferait vite oublier l’image du mammouth pour prendre celle du phénix. Elle abrite en son sein tant de professeurs géniaux qui n’attendent qu’à être entendus.

En quoi ce livre peut-il ĂŞtre reprĂ©sentatif des problèmes que rencontre aujourd’hui le corps enseignant ?

- Beaucoup de mes collègues entreprennent au moins autant de choses que moi, beaucoup ont peur, doutent, craignent les critiques… c’est pourquoi on ne les entend pas. J’ai eu la chance que mon manque d’assurance soit compensé par la rencontre de gens qui ont cru en mon travail. J’ai pu puiser ce que je n’avais pas en moi à l’extérieur. Nous ne bénéficions pas tous d’un tel accompagnement. C’est pourquoi je me devais, me semble-t-il, en témoigner pour faire entendre la vocation et la créativité de nous autres professeurs.

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Extraits p 15 : 

Je m’appelle Audrey Chapelain et suis professeur de Lettres Classiques. J’ai envie d’ajouter « et fière de l’être » malgrĂ© tout ce qui accable ma profession.  Aujourd’hui, j’ose l’ajouter. Hier, je l’aurais passĂ© sous silence. Il n’est pas toujours facile d’annoncer sa profession quand on exerce la mienne. Juin 2005, signature d’un acte notarial. Je revois encore cette secrĂ©taire, plongĂ©e dans ses documents administratifs qui l’absorbaient depuis de longues minutes, relever la tĂŞte Ă  l’annonce de ma profession, me regarder droit dans les yeux et me dire naturellement : « Je hais les profs », et de se replonger aussitĂ´t dans ses documents. Elle n’a sans doute pas imaginĂ© l’impact de ces quelques mots. Quatre mots. Quatre syllabes qui retentirent en moi comme autant de balles dans le thorax. Quatre violentes dĂ©tonations qui ne choquèrent personne d’autre dans la pièce. Un consensus unanime apparemment puisque personne ne releva.

Extrait – Page164-165

A force d’échanges et de mutualisations, je suis convaincue, qu’ensemble, il sera possible de faire évoluer le système éducatif pour lequel nous avons tous choisi d’œuvrer.

Si le mĂ©tier de professeur est l’un des plus vieux mĂ©tiers du monde c’est aussi, me semble-t-il, celui qui a le moins Ă©voluĂ©. Dans un monde oĂą le savoir est Ă  disposition des Ă©lèves de façon bien plus Ă©tendue que dans la tĂŞte des professeurs les mieux formĂ©s, il convient davantage d’accompagner les enfants dans l’acquisition de ces connaissances et leur exploitation que dans leur dispensation. Le rapport frontal professeur-Ă©lève sera ainsi dĂ©passĂ© au profit d’un rapport collaboratif oĂą l’expĂ©rience de l’un est une richesse pour l’autre. Loin d’accĂ©lĂ©rer la mort de cette profession, les outils numĂ©riques lui ouvrent de nouvelles portes. Le professeur deviendra un guide sur le chemin de la connaissance plutĂ´t qu’un orateur dĂ©suet et monotone. Il gagnera crĂ©dibilitĂ© et lĂ©gitimitĂ© tout en redĂ©couvrant le plaisir de voir Ă©voluer et progresser des Ă©lèves mieux prĂ©parĂ©s au monde qui s’ouvre Ă  eux. 

 

 

 

 
 
 
 
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