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Quand le front Ă©tait populaire !
Article publié le dimanche 8 mai 2016.
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« La République a besoin d’une école laïque, où des élèves de toute race, de toute religion, de toute origine recevront le même enseignement respectueux de leur personne, et où se bâtira, ainsi, l’avenir d’une nation fraternelle, apte à prendre toute sa place dans une Europe solidaire. »

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MĂŞme s’ils peuvent s’en rapprocher, ces mots ne sont pas ceux utilisĂ©s les 2 et 3 mai 2016 pour « cĂ©lĂ©brer Â» le premier bilan de la loi de Refondation. Ils appartiennent Ă  la circulaire du 15 mai 1937, dans laquelle Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale du Front populaire, prĂ©cise l’esprit de ses rĂ©formes.

L’histoire ne se répète jamais, et donc, même s’il y a des similitudes et des références volontairement empruntées, notre 21ème siècle est peu comparable à cette parenthèse républicaine qui ne dura que quelques mois de mai 1936 à la guerre.

Il s’agissait pourtant bien aussi, alors, de refonder l’ensemble de la structuration de l’enseignement scolaire afin de le démocratiser. Jean Zay n’aura pas l’occasion de voir aboutir la loi dont il a déposé le projet en mars 1937, mais qui en septembre 1939 n’a toujours pas été discuté. C’est donc au travers des circulaires, décrets et expérimentations que l’on peut mesurer l’ambition du Front populaire de rompre avec un système scolaire socialement discriminant en tentant d’imposer progressivement une école primaire identique pour tous, puis un enseignement secondaire unique et enfin un enseignement supérieur.

En rendant compatibles les programmes des diffĂ©rents degrĂ©s, le dĂ©cret de 21 mai 1937 permet « Ă©ventuellement en cours d’études le passage d’une section Ă  une autre Â». En instaurant des classes d’orientation Â» en 6ème, il s’agit d’affecter les Ă©lèves en fonction de leur capacitĂ© et non plus de leur origine sociale. En crĂ©ant des postes (plus de 5 000 postes d’instituteurs et 225 postes de professeurs), l’idĂ©e est de permettre de dĂ©doubler les classes lorsqu’elles dĂ©passent 35 Ă©lèves.

Les nouveaux programmes valorisent les pĂ©dagogies novatrices et actives afin que l’enfant soit « l’artisan de sa propre Ă©ducation en mĂŞme temps que son sens social se dĂ©veloppe Â» tel que le prĂ©cisent les instructions de 1938 et les « loisirs dirigĂ©s Â» articulent la dimension culturelle afin de « donner Ă  nos jeunes Ă©lèves l’impression que, s’évadant en quelque sorte de la discipline de l’enseignement, ils prennent un libre contact avec ce monde oĂą bientĂ´t ils vivront Â», comme l’affirme Jean Zay dans une confĂ©rence Ă  l’Union rationaliste le 29 novembre 1937.

Cette logique d’articulation entre les diffĂ©rents temps et supports Ă©ducatifs qui Ă©duquent au monde, conduit en 1937 Ă  confier Ă  Jean Zay un très grand ministère qui regroupe Ă  la fois l’éducation nationale, la jeunesse, les sports, la recherche et les activitĂ©s artistiques… un pĂ´le Ă©ducatif avant l’heure !

Nul doute que l’héritage du front populaire en matière éducative est important. Tant dans ce qu’il a réalisé que par la volonté de transformation, de démocratisation et de novation qu’il a portée.

S’en souvenir et s’en inspirer ne relève ni de la nostalgie d’un âge d’or définitivement perdu, ni de la volonté d’un retour en arrière. C’est au contraire un catalyseur essentiel pour mettre en évidence que c’est sur le terrain, dans le concret des réalisations quotidiennes, en faisant confiance et en s’appuyant sur le professionnalisme des équipes éducatives que ce mènent les grandes transformations.

C’est aussi se rappeler qu’à défaut d’une alliance nationale qui place l’Education dans un consensus durable, les orientations éducatives dépendent largement d’une ambition et d’une volonté politiques. Ainsi, voilà ce qu’écrivait Célestin Freinet une semaine après la victoire du Front populaire aux élections législatives de 1936 dans l’Éducateur prolétarien

« Nous avons fait la dĂ©monstration maintes fois des rapports Ă©troits qui lient le sort de notre pĂ©dagogie prolĂ©tarienne Ă  l’évolution sociale et politique des divers pays. Ă€ mesure que montait le fascisme en France, il y a quelques annĂ©es, les conditions de notre travail et de notre Ă©volution allaient se compliquant. La victoire du fascisme a Ă©tĂ© la fin de la pĂ©dagogie nouvelle en Allemagne et en Italie ; la victoire rĂ©actionnaire en France aurait inĂ©vitablement marquĂ© l’étouffement de notre foyer de rĂ©gĂ©nĂ©ration pĂ©dagogique. Â»

S’en souvenir, dans la période pré-électorale qui s’ouvre, n’est certainement pas inutile.

Denis Adam, le 04 mai 2016

 

 
 
 
 
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