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Déclaration CAPD 8 février 2011
Article publié le mercredi 9 février 2011.
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Déclaration liminaire du SE UNSA - CAPD du 8 février 2011

 

 

Monsieur l’inspecteur d’académie,

 

Lorsque la Seine Saint Denis est évoquée dans les médias, c’est pour son taux de délinquance, les agressions, ses cités ghettoïsées, ses difficultés sociales, la BAC etc.

Faut il s’étonner qu’un enseignant sur quatre cherche tous les ans à quitter la Seine Saint Denis ?

Nous ne trouvons pas d’équivalent ailleurs.

 

Lourde est la responsabilité des politiciens locaux qui n’ont pas permis le développement de la mixité sociale pour satisfaire leurs intérêts purement électoralistes.

Même si le SE UNSA salue l’effort fait par le conseil général en donnant la priorité à l’éducation, il n’en demeure pas moins que nos communes sont aujourd’hui pauvres et ont du mal à faire face, conséquence de l’absence d’une politique de la ville depuis quarante ans.

 

Plus de la moitié de nos collègues ne veulent ni habiter, ni scolariser leurs enfants dans le département. Alors tous les ans, on cherche à le fuir.

Les plus jeunes, mariés en séparation de conjoint partent en 2 à 3 ans.

Et nos anciens, ceux qui enseignent depuis 20 ans et plus, ne peuvent même plus prétendre retourner auprès des leurs pour accompagner leurs dernières années. Ils vivent tout cela comme une très grande injustice, prisonniers du 93 et ne se sentent même plus reconnus, un numéro parmi tant d’autres.

Certes, vous nous avez entendus puisque depuis 2 ans, la grande ancienneté est prise en compte comme critère pour obtenir un exeat. Mais avec la réforme de la masterisation, PE2 et MASTER se sont retrouvés sur le terrain la même année provoquant des surnombres et rendant impossible l’obtention d’un Ineat.

 

A cela s’ajoutent les agressions du quotidien, on attend l’enseignant à la sortie de l’école car on a des chances de trouver dans son cartable un ordinateur portable, il est fonctionnaire, il a un pouvoir d’achat.

Vous nous conseillez de sortir groupés de l’école mais vous connaissez la réalité, il y a la collègue pressée pour aller chercher son petit à la crèche, une autre retenue par un parent… Alors que faire ?

 

Ensuite, le dogme de la suppression d’un fonctionnaire sur deux amène à réduire le nombre de maitre E, de CP dédoublés, des mois de formation etc….vous supprimez ce qui n’est pas visible directement par les parents comme le recommande l’OCDE. Mais personne ne s’y trompe, après nos conditions de vie, ce sont bien nos conditions de travail qui se dégradent.

 

Aujourd’hui, des brèches apparaissent : Un peu partout enseignants et parents se plaignent du non remplacement des maitres. A Epinay, des parents exaspérés par le non remplacement, veulent déposer un recours pour discrimination territoriale auprès de la Halde.18 écoles sur 28 sont occupées.

 

Quant à la réforme de la masterisation, certains politiciens et même des syndicalistes ont soutenu qu’en relevant le plafond, on ferait remonter le plancher. Alors la masterisation a permis la suppression de la formation des maitres et surtout l’économie des salaires des fonctionnaires stagiaires. Pourtant, toutes les études démontrent l’inverse. C’est parce qu’on relèvera le niveau moyen des élèves qu’on obtiendra une élite encore plus performante. Pour le SE UNSA, il ne suffit pas d’avoir des diplômes pour savoir enseigner. Enseigner est avant tout un métier qui s’apprend.

Chez nous, les conséquences de la suppression de la formation professionnelles risquent d’être encore plus lourdes qu’ailleurs, car nos élèves en difficultés scolaires, ont besoin d’enseignants très performants. Le SE UNSA salue les efforts d’un master en alternance permettant à des jeunes issus de Seine Saint Denis, de devenir enseignants. Mais ce vivier ne sera toutefois pas suffisant pour faire face à la démographie actuelle.

 

En bref, agressions, élèves en difficultés, ghettoïsation, suppression de postes, suppression de la formation professionnelle, sentiment d’enfermement dans le 93, non remplacement, tout cela ne nous rend pas optimistes.

 

Il est grand temps d’une réflexion, d’un traitement différent de ce département, d’une reconnaissance particulière pour ces fonctionnaires. La prime ZEP ne fidélise pas suffisamment, les conditions de vie et de travail se dégradent. Beaucoup cherchent à fuir, n’ont plus envie de s’investir.

 

Exercer en Seine Saint Denis, ce n’est pas tout à fait le même métier qu’ailleurs.

 
 
Isabelle Guigon
SE UNSA 93
 
 
 
 
PsyEN