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La morale Ă  l’école ? Parlons-en !
Article publié le mercredi 14 septembre 2011.
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Le ministre vient de nous gratifier d’une circulaire sur l’instruction morale Ă  l’école primaire. Écran de fumĂ©e, instrumentalisation des contenus scolaires Ă  des fins Ă©lectoralistes, personne n’est dupe de la manoeuvre. Pour autant, l’École a bien pour mission de transmettre des valeurs.  Le  SE-Unsa vous propose de vous emparer sĂ©rieusement de cette question.

Tout d’abord rien de bien neuf par rapport aux programmes de 2008, il ne s’agit donc pas d’un “retour de la morale à l’école” mais de précisions apportées sur des mises en oeuvre avec essentiellement l’utilisation de la maxime morale comme support privilégié de la démarche pédagogique...

Laissons de côté nos regrets que les termes “morale”, “bien/mal”, “instruction”, “honnête homme”... ne soient pas plutôt remplacés par “respect”, “tolérance”, “éducation”, “citoyen éclairé”... et voyons quelles pistes pédagogiques nous sont proposées sur le site Éduscol :

• Nous avons tout d’abord une liste de maximes classées par thème où nous trouvons par exemple : « Excuser le mal, c'est le multiplier. » Gustave Le Bon ; « Il vaut mieux tard que mal, et cela en tout genre. » Voltaire ; « La loi fût-elle injuste, il la faut respecter. » Casimir Delavigne...
• Ensuite on nous propose un classement par thème de morales issues de Fables de La Fontaine.
• Puis des adages juridiques pour le cycle 3, toujours classés par thème avec par exemple : « Il n’y a point de loi qui puisse valider ce qui est défendu par la nature » ; « Un acte est dit bon lorsqu'il est conforme à la loi et à la raison » ; « La chose jugée est regardée comme la vérité même »...
• Enfin nous avons les définitions, extraites de différents dictionnaires des mots “maxime”, “sentence” et “adage”, avec un encadré nous expliquant la subtile différence qu’il y a entre une maxime et une sentence.
Soyons sérieux, ces ressources et références sont manifestement inappropriées pour un usage en école primaire (sauf éventuellement les Fables de La Fontaine, mais il manque des mises en situations pédagogiques car leur accès n’est pas si simple). De plus tout cela semble provenir du 19ème siècle et certaines maximes sont pour le moins contestables... nous pourrions être vraiment plus ambitieux pour former les citoyens du 21ème siècle !

Partir de citations n’est pas une mauvaise idée en soi, encore faudrait-il qu’elles soient adaptées à des élèves de primaire. La circulaire propose deux approches différentes (voire contradictoires) :

D’un côté on a : “ainsi se met en place un ensemble de principes, de maximes et de règles qui guident et doivent guider l'action de chacun” qui fait penser à une logique d’endoctrinement.
Mais on a aussi : “tout au long de ce travail, la parole du maître doit accompagner l'élève vers une pensée argumentée et justifiée, notamment au cycle des approfondissements. La maxime peut donner lieu à interprétations. Dans un premier temps, toutes les opinions et tous les points de vue doivent pouvoir s'exprimer. L'interrogation, par chacun, de ses certitudes, le recours à l'argumentation, l'écoute attentive et bienveillante de l'autre, contribuent au respect de soi et d'autrui. Ces temps de commentaire, d'analyse et de réflexion sont favorisés par le dialogue du maître avec ses élèves, comme des élèves entre eux” qui évoque fortement le débat à visée philosophique.
On peut donc tout à fait choisir de s’appuyer sur cette deuxième approche en utilisant des maximes adaptées ou se servir des nombreux ouvrages (cf. références en fin d’article) qui proposent des récits et des dilemmes pouvant déclencher et/ou alimenter un débat.

Nous savons depuis longtemps que la “leçon de morale à l’ancienne” est inefficace et inadaptée, alors pourquoi ne pas plutôt nous inscrire résolument dans le débat à visée philosophique ?

Le débat à visée philosophique comporte de nombreuses richesses qui en font une activité transversale très intéressante : outre le travail sur l’écoute, le respect du tour de parole, la formulation orale, la reformulation de ce qu’un autre a dit... Les élèves apprennent à penser par eux-mêmes et en interaction avec les autres. De plus le débat philosophique a des effets positifs sur le raisonnement logique et l’appréhension des situations-problèmes en mathématiques (cf. recherche du groupe CIRADE). C’est un moyen précieux d’approcher la complexité des apprentissages comme cela est recommandé dans le Socle Commun de Connaissances et de Compétences.

Autre piste, qui n’exclut pas la première: plutĂ´t que de vouloir faire des leçons de morale, nous pourrions nous orienter vers une Ă©ducation Ă  la non-violence comme cela est prĂ©conisĂ© par l’UNESCO qui rassemble depuis 10 ans dĂ©jĂ  les « bonnes pratiques » de rĂ©solution de conflits en milieu Ă©ducatif. Il s’agit d’apprendre Ă  nos Ă©lèves Ă  reconnaĂ®tre leurs Ă©motions pour mieux les gĂ©rer, et mĂŞme de les former Ă  la mĂ©diation de conflits. Il existe en effet des programmes très bien conçus  qui permettent de former des Ă©lèves volontaires (de cycle 3 et de collège) Ă  la gestion de conflits. Ils peuvent ensuite proposer leur intervention, dans la cour de rĂ©crĂ©ation par exemple, quand un diffĂ©rend survient entre enfants.

Mais qu’attendons-nous en France pour nous engager dans une “instruction morale”, ou plutôt une “éducation civique”, résolument moderne comme l’ont déjà fait de nombreux autres pays européens ?
Certes cela demanderait des programmes plus ambitieux et une formation spécifique des enseignants, mais cela est une autre histoire !

 
 
 
 
ALC