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Burn-out : sait-on vraiment de quoi on parle ?
Article publié le lundi 15 juin 2015.
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L’UNSA souhaite que le CHSCT Ă©voque et suive rĂ©gulièrement l’évolution de cette  maladie dans le milieu professionnel.

Des chiffres inquiĂ©tants circulent sur le nombre toujours plus Ă©levĂ© de salariĂ©s guettĂ©s par l’épuisement professionnel. Au risque de voir des « burn-out Â» partout, alors qu’il reste difficile pour les mĂ©decins de les diagnostiquer.

Après le stress ou le harcèlement, le burn-out est-il en train de devenir le nouveau « mal du siècle Â» au travail ?

Depuis plusieurs mois, pétitions et appels, par des médecins du travail ou des parlementaires, se succèdent. Ils alertent sur ce syndrome d’épuisement professionnel qui toucherait toujours plus de salariés en France et appellent à sa reconnaissance comme maladie professionnelle.

Les chiffres évoqués sont alarmants

DĂ©but 2014, le cabinet de prĂ©vention des risques psychosociaux Technologia estimait Ă  plus de 3 millions le nombre d’actifs « en risque Ă©levĂ©s de burn-out Â».

Dans un sondage, 17% des salariĂ©s s’estimaient « potentiellement Â» en situation d’épuisement. Mais derrière l’inflation d’estimations, plus ou moins fiables, qu’en est-il vraiment ?

Un « risque Â» de burn-out ?

La notion de « risque de burn-out Â» n’a rien de scientifique, car chacun d’entre nous peut ĂŞtre touchĂ©.

Les origines de l’épuisement sont multiples.

Une surcharge, un travail trop intense, un mauvais équilibre entre vies professionnelle et privée, l’influence des nouvelles technologies qui privent d’une phase de récupération complète après le travail, ou encore un surinvestissement.

Quant aux cas avérés qui parviennent jusqu’aux médecins ou psychologues, aucune source officielle ne les recense en France.

Problème de définition

Au-delĂ  de la cĂ©citĂ© statistique, un autre problème se pose : l’absence de dĂ©finition Ă©tablie par le monde mĂ©dical.

« On parle d’une maladie et pourtant c’est le corps social – les spĂ©cialistes des risques psychosociaux, la direction gĂ©nĂ©rale du travail, les partenaires sociaux, etc. – et non la communautĂ© scientifique qui s’exprime sur le sujet Â», dĂ©plore Patrick LĂ©geron, psychiatre spĂ©cialiste du stress en entreprise..

« Il existe une description d’un syndrome, mais il n’est inscrit nulle part dans les classifications mĂ©dicales. Un mĂ©decin ne peut donc pas faire au sens strict du terme un diagnostic de pathologie, comme il le ferait pour une dĂ©pression ou une addiction.»

Depuis une trentaine d’années, des experts tentent pourtant de définir le phénomène.

Trois éléments

Le premier est un Ă©puisement physique et mental : les gens sont vidĂ©s, au bout du rouleau. Le deuxième, c’est l’atteinte massive Ă©motionnelle, quand les individus sont comme carbonisĂ©s, sans Ă©motion. Vient enfin le sentiment d’inaptitude. Il faut que les trois soient rĂ©unis pour que l’on puisse parler de burn-out. Autrement, on est dans une autre forme de souffrance, comme la dĂ©pression.

Mais il faudrait encore dĂ©terminer les seuils Ă  partir desquels les salariĂ©s touchĂ©s par ces trois dimensions en deviennent malades. « Tout comme une dĂ©pression bien diffĂ©rente d’une tristesse, d’un blues ou d’un sentiment de dĂ©couragement, il nous faut un curseur pour savoir quand l’on passe du mal-ĂŞtre Ă  la maladie. A partir de quelle intensitĂ©, de quelle chronicitĂ© et avec quel caractère d’irrĂ©versibilitĂ© peut-on parler de burn-out ? Â»

Une souffrance bien réelle

Sans Ă©chelle prĂ©cise, « il est facile de voir des burn-out partout, regrette le psychiatre. On entend des salariĂ©s dire qu’ils font un burn-out alors qu’ils reviennent en pleine forme après une semaine de vacances Â».

De mĂŞme, ĂŞtre stressĂ© dans son travail n’est pas le signe que l’on basculera forcĂ©ment vers une dĂ©tresse plus sĂ©vère. « L’organisme a des ressources pour y faire face lorsqu’il est ponctuel. Ce n’est que quand il devient chronique qu’un phĂ©nomène d’épuisement peut apparaĂ®tre. Â»

Comment expliquer alors le succès du mot « burn-out Â» dans le discours des experts, des employeurs et des salariĂ©s ? « Comme le stress et le harcèlement avant lui, ces phĂ©nomènes existent, mais servent aussi Ă  mettre des mots sur d’autres situations de risques et de souffrance Â», juge l’experte. Autrement dit, Ă©voquer le pire permet de prendre conscience que la souffrance au travail est bien rĂ©elle et que l’entreprise ou l’administration a sa part de responsabilitĂ©.

 
 
 
 
ALC