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DĂ©bat sur les conditions de la rĂ©ussite Ă  l’Ă©cole : intervention du sĂ©nateur du Puy de DĂ´me Jacques-Bernard MAGNER
Article publié le dimanche 14 octobre 2012.
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Débat sur les conditions de la réussite à l’école du mercredi 3 octobre 2012.

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Mes Chers Collègues Sénatrices et Sénateurs,

Pour refonder l’Ecole, il conviendra avant tout de restaurer la confiance dans l’institution. Cela nécessite de porter un regard juste sur la situation de notre système scolaire et de ses personnels. C’est pourquoi il convient de souligner l’implication et le dévouement des enseignants, au quotidien, auprès des élèves. Ils ne manquent pas de créativité pour développer les projets de leurs établissements ou des pratiques pédagogiques innovantes. En effet, les enseignants ne sont pas des exécutants mais des créateurs. C’est sur cette force, cette richesse que la refondation de l’école devra s’appuyer.

La refondation de l’Ecole doit se faire avec l’ensemble des acteurs du système scolaire et ceux qui composent la communauté éducative. Il est indispensable de revenir à des pratiques d’écoute, d’attention et de considération des besoins de l’enfant, des attentes des parents, à conjuguer avec les objectifs de l’institution scolaire.

L’Ecole n’est pas utilitariste. Elle doit redevenir le lieu d’éveil, d’instruction, de formation et d’appréhension des valeurs du vivre ensemble dans notre République.

En ce sens, l’hommage rendu par le PrĂ©sident de la RĂ©publique le 15 mai dernier, Ă  l’Ecole et aux enseignants Ă©tait un signe fort en faveur d’une « nouvelle hiĂ©rarchie de valeurs au sommet  de laquelle se situera la science, l’intelligence, la recherche, la volontĂ© d’apprendre et de transmettre Â».

Un coup d’arrêt a été porté aux évolutions de notre système éducatif préjudiciables à la réussite de tous les élèves et des mesures de réparation ont été prises pour que la rentrée 2012 se passe dans les meilleures conditions possibles.

Au-delà, d’autres dispositions préparent l’avenir, notamment pour assurer le recrutement des futurs enseignants.

RecrĂ©er une formation pour les enseignants constitue une prioritĂ© pour la refondation de l’Ecole, car enseigner, ce n’est pas un art, c’est un mĂ©tier qui s’apprend.

Les enseignants doivent être formés à la pluralité scolaire en leur permettant d’avoir une meilleure connaissance de leurs élèves. Il apparaît nécessaire de se réapproprier la psychopédagogie afin de donner aux futurs professeurs la connaissance fondamentale de ce qu’est l’enfant.

Les systèmes éducatifs les plus performants sont aussi ceux qui ont développé une formation initiale et continue des professeurs de grande qualité. Or, pour des raisons budgétaires, idéologiques et par méconnaissance de la réalité du métier, l’ancien gouvernement a négligé et sacrifié la formation des enseignants.

Alors que l’insuffisance de formation pratique Ă©tait dĂ©criĂ©e, il l’a encore rĂ©duite, comme si enseigner Ă©tait le seul mĂ©tier qui ne s’apprend pas !

Dans l’exercice de leur métier, les enseignants sont amenés à travailler en équipe. Leur formation doit prendre en compte cette dimension en les formant au travail collectif et à la pédagogie de projet. Même s’ils enseignent des matières très différentes, ils exercent le même métier.

Actuellement les Ă©tudiants qui doivent rĂ©ussir leur master et prĂ©parer les concours se trouvent dans une situation impossible : les deux exercices Ă©tant difficilement compatibles, sinon en opposition. C’est d’ailleurs un des facteurs identifiĂ©s du faible taux de rĂ©ussite et d’inscription au concours.

Quelles que soient les nouvelles modalités de la formation, il faudra s’assurer que son contenu permette aux étudiants de mener à bien les deux projets.

Par ailleurs, la formation par alternance offre une voie intéressante à consolider. La formation devra mettre en outre l’accent sur les nouvelles technologies, qui représentent un vecteur de changement de la pédagogie.

Dans la refonte de la formation des enseignants, un traitement particulier devra être réservé à l’école maternelle.

Car la mise en œuvre d’une véritable politique d’égalité des chances dès l’école maternelle implique à la fois une pédagogie différenciée et un rééquilibrage des objectifs de l’école maternelle qui ne doit plus être dans l’anticipation des enseignements de l’école élémentaire.

On peut aussi se féliciter du retour au pré-recrutement qui permettra de restaurer une filière de promotion sociale. Les conditions d’entrée dans le métier d’enseignant sont une préoccupation majeure qui n’a pas été prise en compte ces dernières années. En témoigne le dernier rapport de la Cour des comptes qui dresse un véritable réquisitoire contre la gestion des ressources humaines dans l’Education nationale, et surtout des enseignants débutants.

A cet égard, une plus forte mixité au sein des établissements, entre néo-titulaires et enseignants chevronnés, devra être recherchée afin de développer un véritable accompagnement à l’entrée dans le métier. L’identification de maître accompagnateur qui constituerait une forme de tutorat pourrait être expérimentée, à l’instar du contrat de génération, dans les établissements réputés difficiles.

L’élève reste avant tout un enfant : enfant de sa famille, de son quartier, de son village… Son environnement est une donnĂ©e fondamentale Ă  prendre en compte dans la rĂ©ussite Ă©ducative. Il convient de replacer l’école, l’établissement dans son environnement, Ă  travers une cohĂ©rence des politiques Ă©ducatives territoriales, peut-ĂŞtre Ă  l’échelon d’un bassin de vie prenant en compte la nĂ©cessaire mixitĂ© sociale.

Dans cette perspective, l’établissement scolaire est bien l’élĂ©ment central Ă  apprĂ©hender en lien avec les autres structures du champ de « l’éducation globale Â» qu’elles soient pĂ©riscolaires, communales ou associatives.

Il est grand temps de retrouver la notion de communautĂ© Ă©ducative, pour une Ă©cole plus ouverte, oĂą l’enfant est considĂ©rĂ© dans sa globalitĂ©. Les maĂ®tres ont un rĂ´le pivot Ă  jouer dans le dialogue avec les autres partenaires de la communautĂ© Ă©ducative : les parents, les Ă©lus, les intervenants extĂ©rieurs…

Dès leur formation, les enseignants doivent être sensibilisés à cette dimension de leur métier qu’il faut désormais orienter vers la co-éducation plutôt que la standardisation des pratiques. C’est cette communauté éducative qui doit être associée à la révision des rythmes scolaires, par la création de parcours cohérents et complémentaires d’éducation, car c’est le même enfant qui parcourt les différents espaces et temps éducatifs.

Pour lutter contre l’échec scolaire, la continuitĂ© des parcours Ă©ducatifs, du « fil continu Â» pour les Ă©lèves en rupture que l’on appelle les « dĂ©crocheurs Â», sera une question centrale dans la mise en Ĺ“uvre de chemins diffĂ©rents pour rĂ©ussir. Actuellement, le manque de deuxième chance reprĂ©sente un flĂ©au pour notre Ecole rĂ©publicaine et pour la rĂ©ussite de tous. Contre le dĂ©crochage scolaire, nous avons besoin d’apporter des rĂ©ponses diverses, construites sur le terrain, avec des allers retours possibles entre les diffĂ©rentes solutions proposĂ©es, et non de plaquer des rĂ©ponses toute faites, uniformes, pour tout le monde et partout.

Pour chaque école, chaque établissement scolaire, il faut un projet pédagogique co-construit. Le projet pédagogique d’établissement, en tant que co-construction d’un projet partagé par une équipe enseignante devra être le cœur de cette démarche d’éducation globale.

Enfin, redĂ©finir le mĂ©tier enseignant implique de rĂ©flĂ©chir aux modes d’évaluations pertinents des pratiques professionnelles. Il faut passer d’une Ă©valuation individuelle pour classer Ă  une Ă©valuation collective pour progresser.  Poursuivant notre idĂ©e de co-construction du projet pĂ©dagogique, nous souhaitons une auto-Ă©valuation collective du fonctionnement de l’établissement qui ne se confondrait pas avec l’inspection individuelle des enseignants.

En conclusion, la refondation de l'Ecole que nous appelons de nos vĹ“ux permettra de rĂ©habiliter un service public d’éducation pour tous. L’école devra ĂŞtre au cĹ“ur du dialogue avec les collectivitĂ©s locales, les parents, les associations partenaires de l’école, tout particulièrement celles de l’éducation populaire, dans une dĂ©marche de co-construction. Il s’agira de (re)crĂ©er de vrais liens entre les diffĂ©rents institutions et partenaires du milieu Ă©ducatif, en restaurant la confiance et redonnant des marges de manĹ“uvre aux enseignants. Au sein de cette communautĂ© Ă©ducative,  l’enseignant aura toute la place qui doit lui revenir. Mais ce rĂ©el changement des pratiques Ă©ducatives nĂ©cessitera une redĂ©finition du mĂ©tier, et par consĂ©quent du statut des enseignants. Ce sera le rĂ´le de la concertation que de dĂ©finir les grandes lignes de ce nouveau cadre rĂ©fĂ©rentiel, qui se concrĂ©tisera par la loi d’orientation et de programmation que vous nous prĂ©senterez, Monsieur le Ministre.

 

 
 
 
 
ALC