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CHSCT "souffrance au travail".
Article publié le mardi 12 novembre 2019.
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DĂ©claration de l'UNSA au CHSCT

L’UNSA Education remercie tous les acteurs présents ici pour avoir œuvré à la tenue de ce CHSCT exceptionnel sur la souffrance au travail.

Le plus dur commence. Les personnels de l’Education Nationale sont inquiets, divisĂ©s, esseulĂ©s et tous les signaux sont aux rouges. Si le suicide de Christine Renon a eu une rĂ©sonnance aussi forte, c’est qu’au-delĂ  du geste et de la lettre si explicite, Il existe un mal-ĂŞtre, une perte de repères, une perte de confiance envers le système qui nous poussent, nous reprĂ©sentants des personnels,Ă   donner l’alerte.

Les raisons sont multiples, complexes et clairement, si le CHSCT d’aujourd’hui permettra de crever des abcès , de comprendre certaines situations, il faut être clair sur la démarche adoptée.

Un seul CHSCT ne sera pas suffisant. L’UNSA Education demande qu’un calendrier de plusieurs CHSCT  et groupes de travail thĂ©matiques soit adoptĂ© pour que nous puissions construire une rĂ©ponse adaptĂ©e et ne pas en rester aux tĂ©moignages et aux postures. Il n’y aurait rien de plus dĂ©vastateur.

Notre responsabilitĂ© en tant que membre d’instance de prĂ©vention du risque professionnel est de rĂ©pondre aux demandes, mais aussi d’anticiper et d’amĂ©liorer les conditions de travail des personnels.  Dans un ministère oĂą les fonctions sont diverses, de l’enseignant Ă  l’administratif, du directeur Ă  l’AESH, de l’encadrement Ă  l’infirmière, les rĂ©ponses ne peuvent pas ĂŞtre uniformes. C’est ainsi que la dĂ©marche doit inclure après la phase d’échange et de nĂ©gociation, diffĂ©rents relevĂ©s de dĂ©cisions.

Parfois, les problématiques peuvent se rejoindre.

La grande difficulté des directeurs d’école impacte tous le système éductaif de l’adjoint à l’encadrement. Sans avoir de cadre hiérarchique, c’est bien au directeur d’école, élément le plus proche des familles, que l’on demande de gérer les urgences, les problèmes.

L’UNSA milite pour une école où l’équipe pédagogique et le directeur auraient des leviers pour mener à bien leur mission, ce n’est pas le cas actuellement.
Une Ă©cole oĂą le directeur aurait les moyens d’accomplir sa mission en terme de dĂ©charge, de secrĂ©tariat, de règlementation. Le directeur doit pouvoir dire non aux sollicitations des IEN et des mairies si ce n’est pas dans ses missions. Pouvoir dire stop, prendre du temps et du recul quand les situations sont complexes. Une Ă©cole oĂą le directeur pourrait fermer l’école en cas de manquement grave Ă  la sĂ©curitĂ© ( tempĂ©rature anormalement haute ou basse, intrusion, agression…). Une Ă©cole oĂą il ne serait pas nĂ©cessaire de faire tamponner un document en 3 exemplaires pour acheter des ramettes de papiers. Une Ă©cole oĂą le conseil des maitres serait renforcĂ© et oĂą les enseignants serait accompagnĂ©s et soutenus en cas de problèmes.

Actuellement, le système dit faire confiance aux directeurs mais il les laisse seuls. Pire, on le surcharge de travail chronophage dont l’intérêt est parfois discutable. Les missions de méditaions, sociales et maintenant presque médicale se rajoutent.

Ce n’est plus possible dans le cadre actuel et avec les moyens mis à la disposition de la direction.

 

L’état du remplacement, propre à notre département, impacte autant les adjoints sur leurs classes, leurs formations annulées que les directeurs de petites écoles qui n’obtiennent pas leur jour de décharge et prennent sur leurs temps personnel déjà bien rogné.

Les relations très conflictuelles avec les parents d’élèves dans lesquelles le dépôt de plaintes est de plus en plus fréquent sont un problème qui rejaillit sur l’ensemble de l’équipe pédagogique. Le manque de leviers, la position fragile du directeur est parfois utilisée par les agresseurs pour harceler les enseignants jusqu’à l’épuisement professionnel. Le soutien de la hiérarchie et son action sont alors au cœur du débat.

L’inclusion des enfants Ă  fort problème de comportement est menĂ©e Ă  marche forcĂ©e et uniquement supportĂ©e par les Ă©quipes de l’éducation nationale. Tout le monde se dĂ©fausse sur nous et ce sont les personnels qui sont  au front. Sur ce sujet, qui concerne Ă©galement une ARS bien absente, l’école doit accueillir les Ă©lèves avec les moyens du bord et parfois des locaux inadaptĂ©s. Nous ne sommes pas des IME ou des ITEP et nous ne pouvons ĂŞtre les garants d’un projet individuel quand l’élève qui pourtant bĂ©nĂ©ficie d’une notification en Ă©tablissement ne peut y aller faute de places. Dans certains dĂ©partements, des dispositifs beaucoup plus ambitieux se mettent en place. L'Ă©cole inclusive ne se limite pas aux seuls accompagnants, eux mĂŞmes bien mal traitĂ©s depuis la rentrĂ©e. Ces personnels, qui vivent dĂ©jĂ  en dessous du seuil de pauvretĂ©, ont Ă©tĂ© nombreux Ă  nous faire part de leur mal ĂŞtre, tant sur la question de la rĂ©munĂ©ration que sur la GRH de proximitĂ©. La rĂ©alitĂ© de ces personnels est bien loin des promesses ministĂ©rielles. L'Ă©cole inclusive ne se dĂ©crète pas, elle se construit, mais pour cela, il faut en avoir l'ambition, et que tous les acteurs y participent.

Plus gĂ©nĂ©ralement, les dĂ©bats le dĂ©montreront, la frĂ©nĂ©sie des rĂ©formes parfois contradictoire maintient constamment la tĂŞte des collègues sous l’eau.  Le sentiment est fort de ne plus ĂŞtre sur le cĹ“ur du mĂ©tier, mais d’être dans un pilotage constant par projet avec les affres de la bureaucratie qui en dĂ©coulent. Le management actuel des personnels est en Ă©chec. Il se base sur des concepts dĂ©passĂ©s, voire dangereux.

Le temps manque, mais celui-ci s’accélère. Les mails et le numérique rendent toute demande institutionnelle, même mineure, urgente. Tout devient prioritaire et certaines limites sont allègrement dépassées, ce qui n'est pas sans conséquence sur la vie personnelle de nos collègues, dans une profession où, nous le savons tous, la frontière est parfois mince entre le travail et la maison. C’est épuisant. C’est épuisant et cela impacte les vies familiales

Dans un métier où il faudrait prendre le temps, du recul, rien n’est possible dans ce chaos.

L’école n’est pas un lieu sacrĂ©. Elle est au contact des situations les plus difficiles, de la difficultĂ© quotidienne vĂ©cue par certains, de la pauvretĂ©,  du dĂ©racinement, des divorces, des maladies, des handicaps, des accidents. Les enseignants sont en première ligne chaque matin au portail de leur Ă©cole.

Les personnels doivent être protégés et soutenus pour ne pas être abimés par cette société du toujours plus. Ils doivent être reconnus. L'Education Nationale doit partir du postulat qu'elle a confiance dans ses agents, et c'est le message qui doit apparaitre comme clair aux yeux d'usagers de l'école de plus en plus inquisiteurs et prêts à s'engouffrer dans la moindre faille.

Ce n’est pas le cas actuellement, d’où, à notre sens cette souffrance au travail. Il est urgent d'agir.

Je vous remercie.

 
 
 
 
ALC