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Monsieur le ministre, ne culpabilisez pas l’École, soutenez-la !

L’UNSA Éducation alerte le ministre Attal : s’il est de sa responsabilité de ne rien cacher des dysfonctionnements de l’école et des maux dont elle soufre, élèves et personnels avec elle, il est surtout de sa responsabilité de soutenir l’école et tous les acteurs qui la font tourner !

Pour l’UNSA Éducation, cette année scolaire et les suivantes doivent être celles d’un virage majeur pour l’Ecole.

On ne peut plus continuer à faire fonctionner l’école publique et son administration avec un nombre de personnels toujours à la baisse et des personnels aussi maltraités par leur employeur, et ce dans tous les métiers de l’éducation. Aujourd’hui, il y a urgence à laisser les personnels faire leur métier sereinement.

On ne peut plus continuer à priver l’école publique du financement public nécessaire à un meilleur fonctionnement et à la confiance des familles.

On ne peut plus continuer à priver autant d’élèves d’une égalité des droits et de conditions d’apprentissage respectueuses de chacun dans sa particularité, dans sa différence.

 

Monsieur le Ministre, depuis votre arrivée à la rue de Grenelle, vous témoignez à travers vos mots d’une volonté forte d’un changement important pour l’Ecole, d’une intention affirmée de faire de votre quotidien une lutte contre les difficultés majeures qui empêchent l’Ecole aujourd’hui : lutte contre une attractivité des métiers en berne, lutte contre l’échec scolaire, lutte contre le harcèlement scolaire, lutte contre les remises en cause du principe de laïcité à l’Ecole, lutte contre les freins majeurs d’une école réellement inclusive. A l’UNSA Éducation, nous ne pouvons que partager ces intentions.

 

Cependant, partager des intentions ne garantit nullement de partager les orientations qui sont prises et les choix qui sont opérés pour réussir à atteindre des objectifs. De plus, ce changement pour l’Ecole que vous souhaitez ne pourra se faire sans les personnels. Votre présence en ce premier CSA ministériel de l’année est un acte important pour tous les personnels qui travaillent au service de votre ministère et que nous représentons. Mais le message de votre présence aujourd’hui doit trouver un écho dans chacune de vos communications publiques, dans chacun de vos choix pour l’Ecole. Sinon, votre attachement à la réussite de l’Ecole publique ne sera pas lisible et vous n’aurez pas la confiance des personnels.

 

A ce jour, l’UNSA Éducation partage très insuffisamment vos orientations et vos choix. L’UNSA Éducation est très inquiète de l’image de l’Ecole d’aujourd’hui que vous semblez avoir comme de l’Ecole de demain que vous voulez dessiner. L’UNSA Éducation ne retrouve pas dans vos priorités ce que vivent réellement les personnels et les élèves sur le terrain ; vos priorités relèvent plus des préoccupations de l’opinion publique façonnées par le président lui-même que de celles des usagers et des acteurs de l’Ecole.

Depuis la rentrée, chaque communication publique est clairement tournée vers la population et porte des messages qui trompent sur la réalité de l’Ecole. A titre d’exemple, le message majeur en direction des enseignants que l’on peut lire, y compris de la part d’élus de la République, pourrait se résumer à « désormais mieux payés et mieux reconnus, il est de votre responsabilité de faire réussir la feuille de route de votre ministre ».

 

L’UNSA Éducation vous alerte. Non seulement c’est une façon bien peu respectueuse des personnels que de leur faire ainsi la leçon publiquement , et cela ne peut qu’être préjudiciable à l’envie de rester dans le métier ou d’y entrer. Par ailleurs, avec ce type de message, vous omettez malencontreusement que revaloriser la profession est crucial pour tous les métiers de votre ministère. L’Ecole ne fonctionne pas qu’avec des enseignants puisque les enseignants ne peuvent pas tout tous seuls. L’école a besoin de personnels d’encadrement, de gestion, d’accompagnement et de soin, on osera aussi dire de prévention tant la prévention fait défaut à tous les niveaux. Les concertations sur l’attractivité, l’UNSA Éducation vous le redit, doivent concerner tous les métiers. Elles doivent considérer ou reconsidérer sérieusement le retard important des rémunérations et s’intéresser enfin de façon concrète aux conditions d’exercice, génératrices de fuite des métiers. Il est temps de dépasser les constats chiffrés de nombreuses études sur le moral au plus bas, sur le temps de travail excessif ou encore sur le nombre exponentiel de problématiques de santé. Il est temps de répondre à chacune de ces difficultés autrement que par les mesures débutées ou envisagées qui contribuent de façon paradoxale à aggraver ces difficultés. Les dernières menaces voire injonctions sur certains territoires quant à une formation continue déplacée sur les congés scolaires ou une entrave à l’usage du droit à formation syndicale en sont des exemples criants.

 

Les enseignants ne peuvent pas tout tous seuls tout comme « l’Ecole ne peut pas tout toute seule ». Vous avez repris vous-même cette expression dès la rentrée, une expression que nous ne cessons de clamer. Mais y croyez-vous réellement lorsque, pour montrer un pilotage des plus fermes, vous dénoncez une école qui fait de travers, voire une école qui fait mal ?

Pour l’UNSA Éducation, s’il est de votre responsabilité de ne rien cacher des dysfonctionnements de l’école et des maux dont elle soufre, élèves et personnels avec elle, il est aussi de votre responsabilité de soutenir l’école et tous les acteurs qui la font vivre au quotidien.

 

L’UNSA Éducation, comme toute la communauté éducative, est anéantie chaque fois qu’elle apprend qu’un élève ou un personnel a mis fin à ses jours à cause de son quotidien à l’école et l’UNSA Éducation n’a de cesse de dire que chaque enquête doit pouvoir se mener objectivement, car c’est bien parce que nous pourrons comprendre les causes réelles de tout drame, que nous pourrons identifier les points de déraillement du système afin d’y remédier.

Mais qu’un ministre dise à ses personnels qu’il veut « un électrochoc » renvoyant à la « honte » ressentie suite à une « défaillance » n’est pas pareil qu’il dise que l’école ne peut définitivement plus rester autant en difficulté pour lutter contre un mal trop installé et pour lequel une victime de plus est une victime de trop.

Dans le premier cas, on accuse l’école parce que désigner un coupable est attendu, on crée ou on accentue la défiance des familles envers l’école, on oppose alors dangereusement les uns et les autres.

Dans le second, on en appelle à la responsabilité collective de ne pas dire tout et n’importe quoi sur l’école et son administration, de ne pas véhiculer des visions fantasmées sur ce que l’école fait, doit faire ou peut faire.

 

Monsieur le Ministre, l’école est forte par ses enjeux mais elle est fragile par sa surexposition aux jugements et recettes en tout genre. Ne l’exposez pas d’avantage, montrez-la telle qu’elle est et aidez-la par une réelle volonté politique d’y investir et d’y apporter de la sérénité. Il est de votre responsabilité d’assurer cette nécessaire cohésion dont l’école a besoin pour s’en sortir.

Pour mieux connaître et analyser les maux, pour réfléchir ensemble aux solutions à apporter, l’UNSA Éducation sera toujours au rendez-vous. A condition, M. le Ministre, que vous nous en laissiez la place, que vous nous écoutiez et que nos accords comme nos désaccords servent à faire avancer l’école de la république, ce ciment social dont notre jeunesse, notre démocratie et l’avenir de notre pays ont tant besoin.

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