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Des après-midis « sport » Ă  l’École : une redĂ©finition des rythmes ?
Article publié le vendredi 15 février 2019.
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Dans une interview avec le journal « 20 minutes Â», Jean-Michel Blanquer accompagnĂ© de la ministre des sports, Roxana Maracineanu, a annoncĂ© que dès la rentrĂ©e prochaine, des expĂ©rimentations d’un nouveau projet « Confiance et sport Â» seraient lancĂ©es dans des Ă©coles et collèges volontaires pour amĂ©nager des après-midis « sport Â» pour les Ă©lèves. Les appels Ă  candidature devraient prochainement ĂŞtre rĂ©alisĂ©s. Une redĂ©finition des rythmes scolaires ?
 
 
L'enjeu affiché
 
L’enjeu affichĂ© est double : utiliser les valeurs du sport pour favoriser la sociabilitĂ© et une meilleure santĂ© physique et psychologique de tous les Ă©lèves, permettre Ă  certains Ă©lèves engagĂ©s sur un cursus sportif d’avoir un parcours valorisĂ© tout au long de la scolaritĂ©.
 
 
Une annonce fraîche pour une idée qui ne l'est pas
 
L’annonce est certes toute fraîche mais l’idée ne l’est pas. Permettre à chaque élève de pouvoir vivre et partager des activités sportives et culturelles après sa journée de classe est un objectif que beaucoup ont déjà aisément partagé et visé à travers différents dispositifs. Jean-Michel Blanquer lui-même, lorsqu’il était à la tête de l'enseignement scolaire sous Luc Chatel, avait lancé une telle expérimentation de 2010 à 2012, une expérimentation jamais évaluée.
 
 
Une réorganisation sans concertation ni annonce de moyens
 
Quoi qu’il en soit, annoncer une telle réorganisation de la journée de l’élève pour une rentrée à venir, sans aucune concertation préalable avec les professionnels de la communauté éducative, et sans jamais évoquer moyens et mise en œuvre, pose un certain nombre de questions, y compris sur les intentions réelles.
Paris 2024, la volonté de notre président de voir passer à 3 millions le nombre de français pratiquant une activité sportive et la refonte de la gouvernance du sport semblent bien être en toile de fond de cette annonce.
 
 
Des activités sportives sous quelle responsabilité ?
 
Si Jean-Michel Blanquer semble timidement Ă©voquer le fait de s’appuyer sur les enseignants d’EPS ou encore sur le sport scolaire, Ă  aucun moment il ne dĂ©finit prĂ©cisĂ©ment qui sera en responsabilitĂ© des Ă©lèves sur ces après-midi « sport Â».
Le ministre rĂ©duirait-il les missions des enseignants Ă  l’organisation d’activitĂ© sportive ignorant ainsi la dimension Ă©ducative du mĂ©tier ? Envisage-t-il de gommer l’absence de formation des professeurs des Ă©coles en matière d’EPS en leur Ă´tant la mission d’Éducation par les activitĂ©s physiques et sportives ? Pense-t-il dĂ©lĂ©guer Ă  d’autres professionnels que les enseignants ces missions, notamment en pleine rĂ©organisation des services territoriaux des sports ?
 
 
Quelle organisation de l'année ?
 
Cependant le ministre précise bien qu’il s’agira d’aménagement dans le temps scolaire, insistant sur le fait que l’apprentissage des savoirs fondamentaux devra être respecté, ce qui laisse entrevoir une organisation où la matinée serait consacrée aux savoirs fondamentaux et l'après-midi au sport voire aussi à la culture.
Si le SE-Unsa peut partager sans trop de difficultĂ© la volontĂ© de mieux penser la journĂ©e et la semaine de l’élève, et plus largement de l’enfant, dans sa globalitĂ© et son Ă©quilibre, il s’interroge sur le devenir de l’organisation de l’annĂ©e. Paradoxalement, une telle organisation de journĂ©e nĂ©cessite un nombre de jours d’école plus Ă©levĂ© mais que le ministre a permis de rĂ©duire dès son arrivĂ©e en ouvrant la possibilitĂ© de supprimer les cinq matinĂ©es de classe. Rien n’est dit non plus sur l’articulation de ces expĂ©rimentations avec les PEDT*, les activitĂ©s pĂ©riscolaires ou encore le plan « Mercredi Â».

 
 
La question des Ă©quipements sportifs
 
Enfin, l’augmentation de la pratique sportive des Ă©lèves, sur des crĂ©neaux communs, signifie un besoin plus important d’infrastructures et d’équipement. Or, comme le soulignent Muriel Hurtis et Françoise Sauvageot, auteures de l’avis du CESE** Â« L’accès du plus grand nombre Ă  la pratique d’activitĂ©s physiques et sportives Â», la question de l’équipement sportif en France est l’urgence Ă  rĂ©soudre, les installations Ă©tant insuffisantes, vĂ©tustes et très inĂ©gales entre les territoires.
Là encore, le SE-Unsa ne peut que rester prudent face à la volonté affichée d’un meilleur accès pour toutes et tous à la pratique, la popularité du projet masquant une fois de plus la réalité des territoires.
 
 
L'avis du SE-Unsa
 
Pour le SE-Unsa, les annonces ministĂ©rielles sur le « sport Ă  l’école Â» depuis la rentrĂ©e 2017 se sont multipliĂ©es sans jamais ĂŞtre accompagnĂ©es de moyens.
On le voit ici encore, ce projet « Confiance et sport Â» n’est pas sans poser de nombreuses questions de mise en Ĺ“uvre et faisabilitĂ© tout comme d’intentions rĂ©elles. Il laisse une fois de plus Ă  penser Ă  une impulsion politique sĂ©duisant par le discours et dĂ©voilant petit Ă  petit la part belle faite Ă  l’autonomie et Ă  la dĂ©brouille de chacun.
Le SE-Unsa restera très vigilant sur les suites donnĂ©es Ă  cette volontĂ© d’expĂ©rimenter une nouvelle organisation de la journĂ©e, de la semaine et de l’annĂ©e scolaire et une refonte des missions assignĂ©es aux personnels.

 
 
* projets Ă©ducatifs territoriaux
** Conseil Ă©conomique, social et environnemental

 

 
 
 
 
ALC