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Le collectif Jean-Moulin entendu par le préfet
Article publié le jeudi 19 novembre 2015.
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Mercredi 18 novembre 2015 17h, en préfecture de Chartres

Audience Collectif Jean Moulin, reprĂ©sentĂ© par Unsa Éducation 28 : SE28, SNPDEN28 ; Fsu ; FCPE 28 ; FCPE Jean Moulin ; Sgen CFDT ; Enseignant Jean Moulin ; DDEN 28  ; CGTĂ©duc28 ; au total 11 personnes reçues par :

FrĂ©dĂ©ric Clowez, directeur de cabinet de la prĂ©fecture, reprĂ©sentant Monsieur le PrĂ©fet ; le chef de cabinet et la chargĂ©e de communication interministĂ©rielle.

Points abordĂ©s par les membres du collectif :

  1. Le contexte actuel post 13 novembre nous enjoint de plus que jamais « faire bloc Â» autour des principes de LibertĂ©-ÉgalitĂ©-FraternitĂ©-LaĂŻcitĂ©.

Ces principes sont remis en cause par les annonces rĂ©centes lors du CDEN du 3 novembre dernier : la demande auprès des services de l’état, sous prĂ©texte de servir  des intĂ©rĂŞts privĂ©s, de remise Ă  disposition des locaux du collège Jean Moulin, sans assurer la continuitĂ© des services de l’état pour la communautĂ© des Ă©lèves, des familles, des enseignants rĂ©unies en communautĂ© Ă©ducative de cet Ă©tablissement, soit 431 Ă©lèves et leurs familles et 55 personnels.

Les fonctionnaires qui travaillent pour les services de l’état ne peuvent pas admettre cette injonction paradoxale. Quel exemple donnĂ© aux autres collectivitĂ©s par ce prĂ©cĂ©dent s’il se voit concrĂ©tisĂ© ?

Le Préfet, en tant que représentant de l’état, garant du principe de service public, doit s’y opposer.

Ceux qui avaient décidé in petto de fermer ce collège (et non de déplacer) proposent de remplir tous les collèges à leur capacité maxi, sachant par ailleurs que les effectifs des collèges vont continuer à augmenter dans les prochaines années.

Nous demandons à Monsieur le Préfet d’INTERVENIR auprès des collectivités concernées et de refuser de signer la fermeture de ce collège qui ne rouvrira pas.

  1. Dans le concret, revenons sur les propos de la ministre de l’éducation nationale, qui, par la mixitĂ©, souhaite donner les meilleures chances aux Ă©lèves. Au collège Jean Moulin, c’est dĂ©jĂ  du concret : des Ă©lèves de familles critères catĂ©gories dĂ©favorisĂ©es ont rejoint des Ă©lèves critères catĂ©gories moyennes ou aisĂ©es dans ce collège. C’est assurĂ©ment un des rares exemples de ce type en France. Pourquoi devrait-il disparaĂ®tre ? Pourquoi ce changement de règle du jeu qui transforme un projet de dĂ©placement en la rĂ©alitĂ© d’une fermeture ?
  2. Revenons quelque temps au travail difficile des chefs d’établissement. C’est l’année de la réforme du collège. Besoin de temps, travail colossal pour tous les acteurs, avec des différences d’appréciation sur cette réforme, mais c’est la loi et elle s’applique. Comment obtenir l’investissement des équipes dans ce contexte de déplacement des populations.
  3. MĂŞme si le Conseil DĂ©partemental a des prĂ©rogatives que  lui confère la dĂ©centralisation, c’est l’Inspection acadĂ©mique qui a l’expertise, qui doit vĂ©rifier la faisabilitĂ© d’un tel transfert dans un tel dĂ©lai.
  4. Les parents ont Ă©tĂ© choquĂ©s par la brutalitĂ© de l’annonce en CDEN. Étonnement, colère. L’état se doit d’assurer la cohĂ©rence sur deux points : comment l’Eure et Loir peut-il ĂŞtre dĂ©partement candidat pour expĂ©rimenter la mixitĂ© sociale et en mĂŞme temps expliquer qu’on ferme le meilleur Ă©tablissement sur la base de ce critère ? Autre point : la mixitĂ© qui se concrĂ©tise est toujours le rĂ©sultat d’une longue concertation : rien n’est acquis au dĂ©part et tout se construit sur la durĂ©e. Avec une telle dĂ©cision, les concertations Ă  venir de ce type dans notre dĂ©partement sont vouĂ©es Ă  l’échec.
  5. Concernant la réforme du collège, le point de vue des parents est convergent sur la difficulté de sa mise en œuvre dans de telles conditions. Le rappel que la priorité doit être mise sur les élèves n’est pas superflu. Rien ne justifie l’urgence, la nécessité de cette fermeture.
  6. La parole des professeurs du collège : ils sont traumatisĂ©s par l’annonce brutale de fermeture. Les annonces depuis deux ans n’ont pas variĂ© et ont toujours Ă©tĂ© rĂ©affirmĂ©es dans le sens d’une future installation sur un autre site. La fermeture se  traduit dès lors comme une absence totale de reconnaissance du travail effectuĂ©, des projets mis en place, dans ce collège emblĂ©matique de mixitĂ© sociale construite ensemble. Elle se traduit en perte de confiance des collègues vis-Ă -vis de leur employeur. La mĂ©thode de communication  avec cette dĂ©cision sans annonce prĂ©alable est Ă  dĂ©noncer fortement. Une annĂ©e très dure Ă  vivre en perspective ; pas d’avenir, de projection possible dans ce cadre.
  7. Intervention reprĂ©sentants du personnel enseignants : la question de cette Urgence qu’il y aurait Ă  prendre cette dĂ©cision ??? retour sur les valeurs de la rĂ©publique. Le collège est un lieu d’éducation, de formation, de transmission aux Ă©lèves. Comment lĂ©gitimer une telle dĂ©cision auprès des Ă©lèves. Les valeurs que l’on reprĂ©sente sont balayĂ©es en deux rĂ©unions et les Ă©lèves se retrouvent Ă©parpillĂ©s. L’état se doit d’être le garant du service public.
  8. Les DDEN qui interviennent en collège à la continuation de l’école élémentaire (le cycle 3 est maintenant de CM1- CM2- 6è) sont en premier lieu préoccupés par le fait que le confort, la qualité d’accueil des enfants ne sont pas respectés dans le cas de la mise en œuvre d’une telle décision de fermeture. Le respect de la Laïcité aussi est mis en défaut, puisque c’est le principe d’égalité de tous qui est mis à mal.
  9. Un point est abordĂ©, celui de la sectorisation collège. Elle serait bousculĂ©e (pour ne pas dire atomisĂ©e) par une telle dĂ©cision. La modifier complètement avec une telle urgence (quelques semaines Ă  peine), c’est renoncer dĂ©libĂ©rĂ©ment Ă  faire un travail de qualitĂ©. C’est crĂ©er artificiellement les conditions des dysfonctionnements Ă  venir. Dysfonctionnements qui seront inĂ©vitablement dĂ©noncĂ©s par les « apprentis sorciers Â» eux-mĂŞmes : ils incrimineront Ă  souhait les services de l’état en les taxant d’incompĂ©tence. Rappelons que la sectorisation des collèges n’a pas fait l’objet de travail en profondeur depuis mai 2011 (date de la dernière concertation  pluri compĂ©tences sur le sujet).
  10. Il faut, avec une telle décision de fermeture, anticiper une profonde déstabilisation des populations défavorisées de Chartres, avec rupture de liens patiemment tissés. Après une telle rupture, le temps que d’autres équipes prennent le relai et retrouve un niveau de confiance similaire sera très long.
  11. A noter que notre collectif rĂ©unit des gens qui d’ordinaire n’ont pas l’habitude de travailler ensemble et surtout avec un tel niveau d’engagement commun. Cet engagement va au-delĂ  des diffĂ©rences. Ce qui nous rĂ©unit : rĂ©pondre Ă  cette question : Pourquoi fermer le collège Jean Moulin avant  qu’un autre lieu soit prĂŞt pour accueillir le collège dans son intĂ©gritĂ©.
  12. On a besoin d’être Ă©coutĂ©s. Les rĂ©ponses obtenues, la façon de les donner, de la part du PrĂ©sident du Conseil DĂ©partemental, SĂ©nateur posent question : « j’ai mal Ă  ma RĂ©publique quand on rĂ©pond de cette façon Â». Il ne faut pas oublier la rĂ©alitĂ© qui se construit derrière de telles dĂ©cisions : parler de la capacitĂ© thĂ©orique des collèges, c’est aussi aborder le nombre d’élèves par classe. Avec toutes les consĂ©quences…

 

Monsieur Clowez rĂ©pond :

  1. Il reconnaît l’engagement du Collectif qui se traduit ce soir dans le nombre et la qualité des intervenants.
  2. Le Préfet comprend l’émotion des élèves, des parents, des professeurs et des personnels. Elle est légitime.
  3. Le terme « brutalitĂ© Â» est Ă  nuancer : le « dĂ©placement Â» Ă©tait dans l’air depuis un certain temps.
  4. Le PrĂ©fet est reprĂ©sentant de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral et garant du respect des valeurs dĂ©mocratiques traduites dans les urnes. En Eure et Loir les Ă©lecteurs se sont exprimĂ©s sans ambigĂĽitĂ© lors des derniers scrutins : municipal Ă  Chartres et lors des dernières Ă©lections dĂ©partementales. Les souhaits et les consĂ©quences de ces souhaits sont Ă  gĂ©rer par le Conseil DĂ©partemental qui est dans le cadre de sa compĂ©tence. Les parties prenantes Ă  cette dĂ©cision sont d’accord. Donc rien Ă  y redire a priori. Une fois que tout est terminĂ© (plus d’élèves dans le collège), le PrĂ©fet prononce l’arrĂŞtĂ© de dĂ©saffectation du collège.
  5. Sur la question de la mixité préservée, cette question est du ressort de la rectrice et de son représentant en Eure et Loir, le Dasen. Le fait qu’elle soit jugée exemplaire sur le collège Jean Moulin, et que la fermeture du collège entraine un éparpillement des élèves et un retour à une situation élèves de quartier VS élèves de centre-ville doit nous interpeller.
  6. Sur la question Pourquoi l’urgence ?... « je n’ai pas de rĂ©ponse Â».
  7. Quand le représentant du Conseil départemental au Conseil d’Administration du collège Jean Moulin le 12 novembre dernier répond que la motivation est uniquement une motivation de faire des économies, au-delà du montant qui manque singulièrement de consistance, cela est en contradiction logique avec l’annonce d’un nouveau collège Jean Moulin d’ici deux ans faite par ailleurs.

 

RĂ©ponse des reprĂ©sentants du personnel et des parents : Donc au final, le Conseil DĂ©partemental n’a visiblement pas bien travaillĂ© le sujet. Les Ă©lèves et les personnels vont en faire les frais. La mixitĂ© sociale, victime collatĂ©rale. Ce qu’il faut attendre par la suite : le Conseil DĂ©partemental va enfoncer le clou de sa politique : on entend dĂ©jĂ  des ritournelles du type « Ă©lève chartrain, collège chartrain Â».  Nous rappelons que c’est l’état qui a la main sur la question de la mixitĂ© sociale. Nous rappelons que c’est l’état qui doit assurer la qualitĂ© du service public. Si cette dĂ©cision dans l’urgence met en pĂ©ril la mixitĂ© sociale et que techniquement il n’est pas possible aux services de l’Inspection AcadĂ©mique d’assurer dans des dĂ©lais aussi courts une resectorisation de qualitĂ©, on se heurte Ă  un mur sur le plan des valeurs, et Ă  un mur sur le plan de la faisabilitĂ© technique.

Rappelons aussi, en tant qu’experts de ces questions, qu’un collège optimal est un collège qui fonctionne à 400-500 d’effectifs. Au-delà de 600, on rentre dans une autre dimension. Avec d’autres enjeux…

Nous avons l’espoir d’être entendus.

 

Monsieur Clowez rĂ©pond et conclut : il espère que nous n’aboutiront pas Ă  un blocage. Espère que le projet de relocalisation pourra aboutir.

La solution est dans la main du Dasen, de la rectrice, du ministère, du Conseil Départemental.

Il prend acte que le collectif n’est pas opposé à la relocalisation et qu’il faut pour cela le temps nécessaire.

 

 

 

 
 
 
 
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