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Crise migratoire : où sont nos valeurs ?
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Combien faudra-t-il de morts en Méditerranée, à Calais ou en Autriche, pour que l’Europe se dote enfin d’une législation commune sur le droit d’asile ? Pour qu’elle ouvre ses portes au lieu d’ériger des murs ? Bateau, camion, tunnel, tout est bon aux réfugiés syriens, irakiens, libyens, érythréens pour échapper à la guerre, la famine, le viol, la mort. Aucun mur n’arrêtera leur fuite éperdue.

Alors que Nicolas Sarkozy comparait l’afflux des migrants à une «grosse fuite d’eau», l’Allemagne s’apprête à recevoir 800 000 demandeurs d’asile sur son sol en 2015, et la France dix fois moins. Certes, la situation économique et démographique des deux pays est différente, mais ils prétendent tous deux être les moteurs de l’Europe. Cette Europe construite au sortir de la guerre sur des principes de solidarité et de respect des droits de l’Homme et qui réagit dans une cacophonie criminelle : 2500 personnes sont déjà mortes en Méditerranée cette année.

La crise économique et la peur d’une récupération par l’extrême droite tétanisent nos gouvernants, alors qu’ils devraient faire preuve de courage et de pédagogie. Ainsi, l’agence Frontex estime à 340 000 le nombre d’entrées illégales en Europe depuis janvier 2015. Le flux était comparable lors du conflit en ex-Yougoslavie. C’est un «fardeau» tout à fait raisonnable, comparé à la Jordanie ou au Liban dont la population est au tiers composée de réfugiés, ou à la Turquie qui abrite 2 millions de Syriens sur 4 millions de déplacés.

Pendant ce temps, la politique européenne se cantonne à une lutte sécuritaire et policière, au lieu d’ouvrir des voies d’immigration légale qui réduiraient les passeurs au chômage. Plus d’un milliard d’euros ont été dépensés pour Frontex contre seulement 700 millions pour l’accueil des réfugiés. Pourtant l’Europe a besoin de l’immigration pour son dynamisme social et économique. Beaucoup de réfugiés désirent d’ailleurs rentrer chez eux et ne demandent qu’un visa temporaire, simplement pour survivre.

Certains citoyens, certaines communes de France n’ont pas attendu la honte d’un cadavre d’enfant échoué sur une plage pour accueillir des réfugiés et c’est tout à leur honneur. A quand une telle solidarité dans tout le pays et en Europe ? A chaque réfugié qui meurt, c’est notre idéal démocratique qui sombre.

 
 
 
 
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