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DĂ©cès de Michel Bouchareissas : un grand LaĂŻque s’en est allĂ©
Article publié le lundi 23 septembre 2013.
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Michel Bouchareissas (1932-2013) fut en particulier secrétaire général du Comité national d'action laïque. Luc Bentz, secrétaire national de l'UNSA Éducation, secteur Fonction publique-Personnels et secrétaire général du Centre Henri-Aigueperse / UNSA Éducation, nous offre ci-dessous un texte en sa mémoire.

Michel Bouchareissas est le père d'Odile Costa. Vous pouvez nous écrire un message de sympathie, nous lui transmettrons : 11@se-unsa.org

 

Michel BouchareissasMichel Bouchareissas

Pour une gĂ©nĂ©ration militante, il reste Boucha: le hĂ©raut â€” et le hĂ©ros â€” du combat laĂŻque, notamment dans la pĂ©riode 1981-1984, un combat dans lequel il avait mis toute son Ă©nergie, la force de convictions fortement affirmĂ©es, la vigueur de sa plume et, pour ceux qui avaient eu le bonheur de l'entendre, en meeting comme en congrès, ses dons exceptionnels d'orateur.

Michel Bouchareissas, né dans un milieu très modeste d'exploitants agricoles limousins, avait été admis à l'école normale d'instituteurs de Limoges après avoir suivi le cursus honorum prolétaire de l'époque: classe de certificat d'études, cours complémentaire, collège moderne.

Affiche pour une réunion sur l'Espagne présidée par Michel Bouchareissas (1965). Délégué normalien auprès de la section départementale du Syndicat national des instituteurs, (SNI) il y milita activement tout en poursuivant une carrière professionnelle comme professeur de collège. Secrétaire de la section de Haute-Vienne en 1963, militant remarqué pour son action en 1968, il entra simultanément au Bureau national et au Secrétariat permanent du SNI en 1969 où il faut successivement chargé des jeunes, de la vie interne (où il jouera un rôle éminent dans la structuration du courant majoritaire Unité-Indépendance-Démocratie du SNI) puis de l'École libératrice (responsabilité qu'il occupera deux fois), hebdomadaire du Syndicat qui tire alors à 300 000 exemplaires et dans lequel il publie des «notes d'humeur» à l'humour incisif.

En 1980, Michel Bouchareissas devint secrétaire général du Comité national d'action laïque (CNAL), responsabilité dont il eut la charge jusqu'en 1987. À partir de 1983, il est déchargé de la direction de l'École libératrice.

Comme le prĂ©cise la note biographique rĂ©digĂ©e par Guy Le NĂ©ouannic pour le dictionnaire Maitron :

    « L’élection en 1981 de François Mitterrand Ă  la PrĂ©sidence de la RĂ©publique et l’arrivĂ©e de la gauche au pouvoir en firent le porte-parole et l’animateur des multiples manifestations laĂŻques dans la tourmente politique que dĂ©clencha le projet de « grand service public unifiĂ© et laĂŻque de l’Éducation Nationale Â», proposition du programme du candidat Ă  l’élection prĂ©sidentielle, appuyĂ©e par le CNAL. Il fut l’un des organisateurs du meeting du CNAL du Bourget oĂą Pierre Mauroy, premier ministre et Alain Savary, ministre de l’Éducation nationale, prirent la parole avant lui. Â»

    En 1983, il est en concurrence avec Alain Chauvet pour succĂ©der comme secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du SNI-PEGC Ă  Guy Georges. Finalement, c'est Jean-Claude Barbarant qui devient secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Syndicat. Michel Bouchareissas, Ă  partir de 1985, reprend la direction de l'École libĂ©ratrice tout en conservant le secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral du CNAL.

    En 1987, il cesse ses fonctions syndicales mais, dès 1988, est appelĂ© au cabinet de Roger Bambuck. NommĂ© inspecteur gĂ©nĂ©ral de la Jeunesse et des Sports, il assume cette fonction jusqu'en 1997. En 1992, il tient Ă  adhĂ©rer au Syndicat des enseignants (SE-UNSA) et participe rĂ©gulièrement aux activitĂ©s du Centre Henri-Aigueperse ainsi qu'au jury du prix Maitron. AdhĂ©rent du Parti socialiste depuis les annĂ©es cinquante, il y milite activement Ă  partir de 1997, devenant dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de la fĂ©dĂ©ration socialiste de Haute-Vienne et Ă©crivant  des billets d'humeur dans le Populaire du Centre. Toujours fervent dĂ©fenseur de l'École publique â€” le combat d'une vie â€” il milite activement au sein des DĂ©lĂ©guĂ©s dĂ©partementaux de l'Éducation national et devient mĂŞme prĂ©sident de l'union dĂ©partementale des DDEN de Haute-Vienne et membre du Bureau national de la FĂ©dĂ©ration des DDEN.

    C'est Michel Bouchareissas qui prononça en 2002 l'Ă©loge funèbre de son maĂ®tre en syndicalisme, Pierre Desvalois, ancien secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du SNI. FrappĂ© par la maladie qui, peu Ă  peu, le tenait de plus en plus Ă©loignĂ© du monde, Michel Bouchareissas vient de disparaĂ®tre Ă  son tour. Et avec lui une grande page d'histoire syndicale.

    En 1967, Jean Cornec, prĂ©sident de la FCPE, avait publiĂ© LaĂŻcitĂ© chez SUDEL. En 1982, Jean Cornec et Michel Bouchareissas publiaient L'Heure laĂŻque (Ă©d. Clancier GuĂ©naud). Ce n'Ă©tait pas qu'une version actualisĂ©e du prĂ©cĂ©dent. Depuis 1967, malheureusement, il s'Ă©tait passĂ© tant de choses !

    Les deux auteurs affirmaient dans leur conclusion, datĂ©e du 28 mars 1982 (un siècle avec l'adoption de la loi Jules-Ferry) :

    « L'histoire de la laĂŻcitĂ© est cette longue histoire des hommes qui, peu Ă  peu, ont dĂ©gagĂ© la dignitĂ© et la raison de ce qui les opprimait jusqu'Ă  construire la dĂ©mocratie politique et la RĂ©publique.

    « Ils ont su le faire, du moins en France, malgrĂ© les puissances d'argent, malgrĂ© les fĂ©odalitĂ©s spirituelles, malgrĂ© la colonisation des mĂ©dias; ils le feront encore parce que cette conquĂŞte de la libertĂ© ne laisse pas de trĂŞve et ne connaĂ®tra pas de fin; parce que la laĂŻcitĂ© ne trie pas entre les ĂŞtres et les convictions; parce qu'elle accepte leurs diffĂ©rences  et parce qu'il y aura toujours, hĂ©las, face Ă  elle, des fanatismes, des idĂ©ologies obligatoires et des normalisateurs.

    «La laĂŻcitĂ© est bien, en cela, la forme supĂ©rieure de la pensĂ©e libre, l'Ă©thique la plus jeune et la plus actuelle tout Ă  la fois. Aucune dialectique ni aucun slogan ne pourront jamais gommer une Ă©vidence d'une telle dimension...»

Luc Bentz

 

 
 
 
 
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