SECTION SE-Unsa de l'AUDE - 14 BD JEAN JAURES - BP 17 - 11001 CARCASSONNE CEDEX
Tél. 04 68 25 56 29 - Fax. 04 68 25 65 45 - Por. 06 37 61 02 41 - 11@se-unsa.org

 
Pétain, l’école et nous
Article publié le lundi 19 novembre 2018.
  • Lnk_facebook
  • Lnk_google
  • Lnk_twitter
L’hypothèse d’un hommage aux maréchaux de la Première Guerre mondiale a fait polémique puisqu’elle aurait inclus Philippe Pétain. Or, Philippe Pétain est indissolublement lié au régime de Vichy. L’histoire du SE-Unsa rejoint ici l’histoire.

 
La République Française renversée
 
Le 10 juillet 1940, une AssemblĂ©e nationale apeurĂ©e accorde les pleins pouvoirs au prĂ©sident du Conseil nouvellement nommĂ© : PĂ©tain. 
Le lendemain, une loi constitutionnelle lui donne tout pouvoir pour promulguer « une nouvelle Constitution de l’État français Â». PĂ©tain se proclame « chef de l’État Â» et assume tous les pouvoirs : la IIIe RĂ©publique disparait au profit du rĂ©gime de Vichy qui entreprend de mettre en Ĺ“uvre « la RĂ©volution nationale Â» tout en sombrant dans la collaboration.

 
L’École de la république accusée
 
Ă€ l’esprit de revanche envers le Front populaire de 1936 se conjugue Ă  la nĂ©cessitĂ© de trouver des coupables Ă  la dĂ©bâcle. Ce ne seront pas les militaires qui, Ă  quelques exceptions près (De Gaulle, Catroux) sont des piliers du rĂ©gime (Weygand, Darland…). On s’en prend notamment aux institutrices et instituteurs, rendus responsables d’un relâchement de la sociĂ©tĂ© ayant entraĂ®nĂ© la dĂ©faite. Une sĂ©rie de mesures sont prises pour corseter la profession :
 
  • Le 18 septembre 1940, les Ă©coles normales primaires sont supprimĂ©es.
     
  • Le 16 novembre 1940, le Syndicat national des instituteurs (SNI, dont est issu le SE-Unsa), la FĂ©dĂ©ration gĂ©nĂ©rale de l’Enseignement (FGE, aujourd’hui UNSA-Éducation) et la Ligue de l'Enseignement sont dissous.
     
  • La loi du 4 octobre 1941, dite « Charte du travail Â», est votĂ©e par le rĂ©gime de Vichy. Elle interdit la grève.
 
Cela s’accompagne de mesures destinĂ©es Ă  « glacer d’effroi Â» le corps enseignant : un millier d’instituteurs sont victimesd’une violente purge. Les enseignants sanctionnĂ©s (par les procĂ©dures administrativesde dĂ©placement, de mises Ă  la retraite d’office, voire de rĂ©vocation) s’étaient souvent publiquement engagĂ©s comme militants du SNI, des partis de gauche ou de la franc-maçonnerie.
 
Enfin, le SNI, reconstituĂ© clandestinement dans la RĂ©sistance, perdra deux de ses secrĂ©taires gĂ©nĂ©raux, morts en dĂ©portation en Allemagne : Georges Lapierre et Joseph Rollo.
 
 
L’école religieuse financĂ©e par l’État
 
En 1940, le gĂ©nĂ©ral Weygand (pĂ©tainiste jusqu'au bout) dĂ©clara Ă  Vichy, en plein conseil des ministres : Â« Tous les malheurs de la Patrie viennent du fait que la RĂ©publique avait chassĂ© Dieu de l'École. Notre premier devoir sera de l'y faire rentrer Â».
 
Le cardinal Gerlier, primat des Gaules, lui emboĂ®te passionnĂ©ment le pas : Â« Pour un relèvement du pays, aucun problème n’est plus essentiel que celui de la formation intellectuelle et morale de la jeunesse.Il faut rĂ©soudre, enfin, dans la clartĂ©, dans la justice, la question scolaire. L’École publique doit respecter scrupuleusement l’âme de l’enfant. L’École libre (religieuse) doit ĂŞtre mise effectivement Ă  la disposition des familles chrĂ©tiennes qui la dĂ©sirent, par une attribution Ă©quitable des subsides scolaires Â» (la Croix, 19 juilllet 1940). 
 
Ainsi, l’État Français, soutenu de la hiĂ©rarchie catholique (« Car PĂ©tain, c’est la France, et la France, c’est PĂ©tain Â», dĂ©clare Mgr Gerlier), a refondĂ© l’enseignement religieux et assurĂ© son financement public :
 
  • Le 3 septembre 1940, le rĂ©gime de Vichy vote la loi du 3 septembre 1940, qui abroge dans son intĂ©gralitĂ© la loi du 7 juillet 1904 qui interdisait aux religieux d'enseigner dans le public, y compris dans les Ă©coles privĂ©es.  DĂ©sormais, les congrĂ©gations enseignantes peuvent revenir en France. Elles ont le droit de fonder des Ă©tablissements.
     
  • Le 24 novembre 1940, les "devoirs envers Dieu" sont ajoutĂ©s aux programmes de morale. Ils avaient Ă©tĂ© supprimĂ©s par Paul Lapie en 1923. Cette mesure n’étant pas appliquĂ©e par les instituteurs et institutrices, l’arrĂŞtĂ© du 10 mars 1941 les remplace par « les valeurs spirituelles, la patrie, la civilisation chrĂ©tienne ».
     
  • Le 13 dĂ©cembre 1940, les dĂ©lĂ©gations cantonales (actuels DDEN), soutiens historiques de l’École laĂŻque, sont supprimĂ©es.
     
  • Le 15 aoĂ»t 1941, les Ă©lèves du privĂ© ont accès Ă  des bourses alors que la gratuitĂ© de l'enseignement secondaire est supprimĂ©e.

    Ă€ ce sujet, le journal La Croix Ă©crivait le 3 septembre 1941 : Â« juridiquement insoutenable, financièrement onĂ©reuse, pĂ©dagogiquement pernicieuse, socialement et moralement nĂ©faste, la gratuitĂ© de l’enseignement secondaire consacrait, sous prĂ©texte d’égalitarisme, une troublante iniquitĂ©. Elle excluait en fait les masses paysannes au seul bĂ©nĂ©fice des populations urbaines Â».

    A
    insi, on nommait dĂ©jĂ  Ă  cette Ă©poque « Ă©galitarisme Â» les mesures destinĂ©es Ă  faire accĂ©der tous les Ă©lèves, notamment les plus pauvres Ă  la rĂ©ussite scolaire.
     
  • Le 2 novembre 1941, les "caisses des Ă©coles privĂ©es" sont crĂ©Ă©es dans chaque commune, avec possibilitĂ© de subventionnement public l'enseignement privĂ©. 
 
 
La loi de 1905 modifiée
 
La loi du 25 dĂ©cembre 1942 autorise les associations cultuelles Ă  recevoir « des libĂ©ralitĂ©s testamentaires et entre vifs destinĂ©es Ă  l’accomplissement de leur objet », et notamment des dons et legs (dĂ©fiscalisĂ©s depuis 1960). En outre, cette loi permet la rĂ©fection de tous les bâtiments affectĂ©s aux cultes. Jusqu’alors, ce financement Ă©tait seulement possible pour les Ă©difices classĂ©s.
 
Cette modification de la loi de 1905 vise l’augmentation des ressources des cultes, au détriment du budget public.

 
L’antisémitisme de Vichy
 
Grand historien de cette pĂ©riode, Robert Paxton soulignait en 2015 que Â« Le bilan final - la perte de 25% de Juifs vivant en France, y compris 15% des citoyens juifs de France, dont de nombreux enfants - est plus lourd qu'il ne l'aurait Ă©tĂ© sans la participation de l'administration et de certains citoyens français ».
 
  • Le 17 juillet 1940 : loi dispose que « nul ne peut ĂŞtre employĂ© dans les administrations de l'État s'il ne possède pas la nationalitĂ© française, Ă  titre originaire, comme Ă©tant nĂ© de père français Â».
     
  • Le 22 juillet 1940 : loi portant rĂ©vision des naturalisations obtenues depuis 1927.
     
  • Le 3 octobre 1940 : premier statut des Juifs, publiĂ© le 18 octobre : ils sont exclus de la Fonction publique, de l'armĂ©e, de l'enseignement et de la presse.
     
  • Le 11 dĂ©cembre 1942 : loi imposant aux Juifs de faire apposer la mention « Juif Â» sur leur carte d'identitĂ©.
 
Ainsi, et malgré l’aide admirable de certains français aux Juifs persécutés, l’antisémitisme de l’État français a conduit à la déportation 76 000 Juifs de France vers les camps nazis, soit un quart de la population juive qui résidait dans notre pays en 1940. Seuls 2 500 d'entre eux ont échappé à l'extermination. Avec les 3 000 juifs morts dans les camps français d'internement et le millier de Juifs exécutés ou massacrés sommairement, le bilan avoisine les 80 000 victimes.
 
 
Armer des Français contre des Français
 
La création de la milice en 1943, soutenue par Pétain et Laval visait le maintien de l’ordre collaborationniste et l’inhibition de tentatives révolutionnaires. Il faut ici comprendre que la milice était une force supplétive de la Gestapo contre la résistance française.
Marquée par la haine de la République, l’anticommunisme et l’antisémitisme, c’est la milice qui exécuta des anciens ministres du Front Populaire, notamment Georges Mandel, Marx-Dormoy et Jean Zay.
Ce dernier avait été le ministre de l’Éducation nationale du Front populaire qui avait imposé la gratuité des études secondaires. Cet assassinat, après des années de détention arbitraire, visait un opposant politique franc-maçon et juif, acteur de la démocratisation scolaire.
 
 
La condamnation
 
Le 15 aoĂ»t 1945, Philippe PĂ©tain a Ă©tĂ© condamnĂ© par la Haute Cour de Justice  Ă  la peine de mort, Ă  l’indignitĂ© nationale, Ă  la confiscation de ses biens. Tenant compte du grand âge de l’accusĂ©, la Haute Cour de justice Ă©met le vĹ“u que la condamnation Ă  mort ne soit pas exĂ©cutĂ©e. L’indignitĂ© nationale entraĂ®ne la perte du rang dans les forces armĂ©es et du droit Ă  porter des dĂ©corations ; PĂ©tain perd alors son titre de MarĂ©chal.
 
 
Au regard de l’histoire et de son histoire, le SE-Unsa affirme avec force qu’aucun hommage public, sous aucun prĂ©texte, ne peut ĂŞtre rendu par un reprĂ©sentant de la RĂ©publique française Ă  Philippe PĂ©tain.

 

 
 
 
 
ALC