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La question de l’efficacitĂ© de l’action
Article publié le samedi 7 avril 2007.
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La question de l’efficacité de l’action.
 
Cette question s’est notamment posé crûment pour le 20 mars, où nous avons décidé de ne pas nous associer à l’appel à une nouvelle journée de grève. Les récentes avancées obtenues par le SE-UNSA sont aussi une réponse.
 
Certes, nous comprenons quelles peuvent être les réactions de certains collègues face à l’intransigeance du gouvernement et la radicalisation que cela peut porter. Mais, sans l’ignorer, nous pensons préférable d’opter pour les voies les plus adaptées.
Obtenir l’annulation des révisions statutaires dont les collègues ont été victimes nécessite deux décisions : la prise de nouveaux décrets, et là c’est un acte gouvernemental, et l’adoption d’un collectif budgétaire rétablissant les moyens supprimés, et là c’est un acte parlementaire.
Mais dans cette phase politique que nous vivons, avec un gouvernement en fin de mandature, et un parlement dont la session est terminée, où sont les interlocuteurs et quel sens a alors la grève ? S’il s’agit d’avertir que le problème est toujours là et la détermination des personnels à ce qu’il soit résolu aussi, nous pensons qu’il existe d’autres moyens de le montrer sans faire cadeau au gouvernement d’une journée de salaire, à commencer par l’interpellation des candidats à la présidentielle et aux législatives.
 
Cet exemple illustre notre conception de l’action syndicale.
Nous n’avons aucun rapport fétichisé avec telle ou telle forme d’action et la grève reste, pour nous, le moyen ultime. Pour nous, l’efficacité doit primer : cela suppose une méthode dans laquelle les questions posées soient clairement identifiées, dans laquelle aussi les interlocuteurs et responsables soient clairement repérés car c’est vers eux, et pas ailleurs, que doivent être dirigés les messages.
Ces questions doivent nourrir le dialogue indispensable avec la profession. Quant aux formes d’action, elles découlent des phases précédentes en prenant en compte l’état d’esprit de celles et ceux auxquelles elles seront proposées.
Dans la situation de crise de la représentativité que nous connaissons, méfions-nous de ces situations dans lesquelles les organisations syndicales pourraient trop souvent se retrouver à côté de la plaque de la majorité des collègues !
 
L’action peut revêtir des formes diverses, mais, pour nous, elle n’est pas systématiquement synonyme d’opposition. S’opposer et proposer disons-nous dans notre slogan.
Cela signifie que notre vocabulaire syndical ne se limite pas à l’usage du « non » mais s’ouvre, suprême audace dans le syndicalisme français, jusqu’au domaine du « oui ».
C’est qu’au SE-UNSA, nous ne sommes pas plus des « gréviculteurs » professionnels que des cultivateurs du malaise, de l’insatisfaction ou de la frustration.
Nous sommes des bâtisseurs, donc des pragmatiques, avec au cœur l’ambition de grands projets liée à la volonté d’agir pour les réaliser.
Parce que nous voulons vraiment avancer, nous savons que les étapes sont indispensables aux grands voyages. Et c’est cette conception qui nous a aussi guidés durant ces derniers mois pour aborder deux dossiers  : la direction d’école et la rémunération des enseignants.
 
Nous connaissons le caractère et l’orientation du ministre de l’Education nationale. Rappelons nos désaccords, nos oppositions, les durs combats que nous avons dû mener contre lui et vous imaginez quelle tension cela a placé dans nos rapports.
Nous aurions donc pu nous en arrêter là et considérer que nous n’avions décidément plus rien à nous dire ou plus rien à faire avec lui.
Ce n’est pas ce que nous avons choisi car, quelles que soient les circonstances, notre patron reste notre patron et nous cherchons à faire avancer nos mandats.
 
C’est ainsi que nous avons abouti à un protocole d’accord sur la direction d’école, que nous avons signé, seul syndicat, en mai 2006. Ne revenons pas sur les raisons qui ont amené notre conseil national à faire ce choix et à lever notre mot d’ordre de grève administrative.
Observons simplement que nous avions obtenu dans ce protocole que soit constitué un comité national de suivi, chargé de suivre l’exécution effective des dispositions de l’accord mais aussi de formuler des propositions d’amélioration. Nous avions dit, et c’était du reste annexé à notre signature, que le protocole était un moyen et non une fin, car nous n’abandonnions pas des revendications qui n’avaient été que partiellement satisfaites.
Illustration concrète de cette démarche : nous venons d’obtenir, dans le cadre du comité de suivi, une nouvelle hausse de l’indemnité de sujétion spéciale de direction. A compter du 1er janvier 2007, elle augmentera à nouveau d’un peu plus de 15 euros par mois. Ainsi, grâce, encore une fois, au seul SE-UNSA, les 53 000 directeurs d’école de France auront vu entre septembre et janvier leur indemnité augmenter de presque 31 euros par mois, soit un gain de 40 %.
Y a –t-il matière à crier victoire ? Non, car ce gain ne suffira évidemment pas à régler en soi le problème des directeurs d’école. Mais il y a matière à se réjouir de cette nouvelle avancée que le SE-UNSA a obtenu seul dans le cadre contractuel où il avait choisi de se placer.
Alors, nous entendons bien quelque acrimonie ici ou là, et parfois même on la sent transparaître dans les réactions de partenaires syndicaux qui nous avaient sévèrement critiqués, voire dénoncés localement, pour avoir osé signer avec ce ministre.
Mais nous savons bien que cela traduit surtout l’impuissance et le dépit de ceux qui, tout majoritaires qu’ils soient, sont aujourd’hui dans une impasse.
 
C’est enfin cette même volonté opiniâtre qui nous a permis d’obtenir des améliorations des ratios de passage à la hors-classe pour un certain nombre de corps du 2nd degré.
Nous avions repéré une ligne de crédits de 19 millions d’euros non affectée dans le programme enseignants du 2nd degré du budget 2007.
Parce que nous nous battions contre les mesures négatives du budget, notamment en matière de carte scolaire, fallait-il pour autant se désintéresser des quelques mesures positives qu’il pouvait permettre ?
Nous sommes donc intervenus auprès des directions du ministère comme auprès du cabinet du ministre pour demander que ces crédits soient alloués à des mesures de carrière conformes à nos mandats, c’est-à-dire, comme nous le revendiquions encore dans nos derniers 4 pages catégoriels ou dans les pétitions que nous avions fait signer, pour une amélioration des passages dans les hors-classes.
Faudrait-il nous morfondre parce que, résultat de nos interventions répétées, le ministre nous a annoncé en audience qu’il avait décidé d’arbitrer globalement comme nous l’avions demandé ?
 
Là aussi, nous avons entendu des réactions négatives d’organisations syndicales concurrentes, mais dont on sentait bien, au fond, qu’elles traduisaient surtout une irritation devant des avancées dues au travail syndical du SE-UNSA.
 
Gardons-nous, pour notre part, de critiquer le travail des autres car nous ne doutons pas qu’il y en a eu un.
Nos camarades du SNES ont, par exemple, jugé ces accroissements de ratios insuffisants.
Insuffisants, certes, mais enfin, si l’on veut parler d‘insuffisances, eh bien, peut-être y a-t-il tout de même à balayer devant quelques portes !
Car, au fait, qu’ont-ils obtenu de concret tous ceux qui ont l’insuffisance rivée au coin du commentaire ? Quels acquis positifs peuvent-ils afficher ? Où, quand, combien ?
La question est sans doute gênante car la poser met en cause l’efficacité des stratégies syndicales.
Car, enfin, disons les choses clairement : un syndicat qui n’obtient rien, à quoi lui sert donc cette représentativité censée faire sa force ?
La question est délicate à assumer devant la profession, à tel point que, rassurez-vous, des acquis, ils vont en trouver. Combien de temps faudra-t-il attendre ? Quelques jours, quelques mois ? En tout cas, assurément, vous verrez bientôt que ces mesures, si insuffisantes pour les carrières du 2nd degré, tout comme pour les directeurs d’école d’ailleurs, se transformeront vite demain en mesures obtenues « grâce à leur action », selon une formule éprouvée, taillée dans la langue de bois dont le syndicalisme protestataire use aussi parfois avec talent. Comme ceux qui prétendent maintenant voler au secours des personnes recrutées sur les emplois d’aide administrative aux Directeurs d’écoles ... emplois qu’ils ont méprisés, rejetés et même contre lesquels ils ont parfois mis en place des consignes "syndicales" de boycott !
 
Cultiver le mécontentement, se ranger derrière le « toujours plus », et finir par jouer du double langage pour fuir ses responsabilités : c’est un choix.
Dans le contexte politique et social français, nous pensons, nous, qu’il est non seulement inefficace en termes de stratégie syndicale mais, finalement, porteur de dynamiques sociales dangereuses.
 
Eh bien au SE-UNSA, ce n’est en tout cas pas le nôtre et nous revendiquons, sur ce point, notre différence.
 
En engrangeant des mesures positives pour la carrière des collègues, nous ne les considérons pas comme l’aboutissement définitif de nos revendications mais tout simplement comme un pas qui nous permettra d’en franchir d’autres.
Ainsi, syndicat de tous les enseignants, nous avons dit au ministre que nous voulions qu’aucun corps ne soit oublié, en particulier les PEGC, les CPE et les professeurs des écoles.
Il nous a donné l’assurance que leur situation serait étudiée. Eh bien nous entendons bien que cette étude aille au bout et que ces collègues bénéficient eux aussi d’un plus dans leur carrière.
Ainsi va pour nous le combat syndical, fait de convictions et d’opiniâtreté.
 
 
 
 
 
ALC