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RĂ©forme du lycĂ©e : attention, fragile
Article publié le vendredi 25 mars 2011.
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Réforme du lycée : attention, fragile

 

Le rapport des inspections générales sur la mise en œuvre de la réforme des lycées d’enseignement général et technologique vient d’être rendu public :
Entre l’optimisme affiché par le ministre et le catastrophisme cultivé par d’autres, il y avait la place pour une analyse lucide pointant aussi bien les avancées positives que les points négatifs et surtout s’appuyant sur ces constats pour faire des propositions et formuler des exigences pour les années à venir. C’est ce que fait ce rapport fondé sur la visite de 36 lycées en novembre et décembre.
Il corrobore nos propres observations et les conclusions d’enquêtes diverses comme celle menée par le Café Pédagogique : les enseignants ne rejettent pas la réforme, et un nombre significatif d’entre eux ont investi les espaces de créativité pédagogique qu’elle offre. Il est essentiel de consolider ces premiers acquis pour conduire progressivement l’ensemble des équipes à développer des pratiques pédagogiques qui répondent à l’objectif central de la réussite des élèves en prenant mieux en compte leurs besoins. A cet égard, la préparation de la rentrée 2011, et le non-respect des marges de manœuvre garanties dans les textes par 4 académies sur 5 auront un impact catastrophique. Alors que les équipes sont appelées à redoubler d’efforts (elles devront mettre en œuvre la réforme en classe de première tout en approfondissant le travail entrepris en classe de seconde), le resserrement des moyens disponibles pour les groupes à effectif réduit ou la co-animation et l’augmentation quasi-systématique des effectifs des divisions de première ne peuvent que décourager l’investissement des enseignants et conforter les plus sceptiques dans leur attentisme, voire leur refus.
Le rapport balaie 4 aspects de la réforme, les enseignements d’exploration, l’accompagnement personnalisé, l’autonomie des établissements et le pilotage.
L’exploration est un concept qui n’a pas été complètement intégré par la communauté éducative. Pas vraiment étonnant quand, dans l’élaboration même de l’offre d’Enseignements d’Exploration (EE) et dans leurs contenus, le concept lui-même n’a pas été porté de manière unifiée. Le SE-Unsa a pointé en son temps le risque de déséquilibre créé par les enseignements économiques obligatoires. La limitation du choix à un seul EE pour la plupart des élèves facilite la constitution de classes homogènes, prédéterminant ainsi largement les choix d’orientation en classe de première. Si les établissements n’ont pas obligation de créer des classes mixtes, les pratiques antérieures n’ont aucune chance d’être modifiées et la découverte « gratuite » par les élèves de nouveaux champs de connaissances aura vécu !
L’accompagnement personnalisé donne lieu à d’intéressantes mises en œuvre mais il ne fonctionne pas de manière satisfaisante dans tous les établissements. Là aussi, le SE-Unsa a milité pour que des directives soient données, incitant fortement, voire contraignant, les établissements à attribuer au moins 4 heures par division à l’accompagnement. Peine perdue ! Nous avons milité également pour que les enseignants soient accompagnés et que des ressources pédagogiques soient mises à leur disposition. Ce pilotage pédagogique n’a manifestement pas été à la hauteur des besoins.
L’autonomie des établissements est devenue une réalité concrète. Avec du côté positif, l’émergence d’un travail collectif autour du projet d’établissement dans les conseils pédagogiques et du côté négatif, par absence d’un discours fort sur les objectifs pédagogiques et démocratiques de la réforme sur le terrain, des choix locaux qui traduisent parfois un dévoiement de la réforme.
Le pilotage de la réforme est, à notre avis, un des éléments particulièrement défaillants. Laisser aux recteurs la possibilité d’appliquer les textes comme bon leur semble n’est pas acceptable, que ce soit dans l’octroi des DGH ou dans l’organisation de l’offre de formation. Laisser aux établissements la possibilité de détourner les heures d’accompagnement personnalisé pour en faire des heures d’enseignement disciplinaire n’est pas acceptable non plus. Quant aux besoins en accompagnement et en formation, ils ne s’expriment pas seulement chez les enseignants : les chefs d’établissement et les IA-IPR doivent eux aussi acquérir de nouvelles compétences.
Les auteurs du rapport font de nombreuses préconisations. Elles concernent largement le champ de la formation et de l’accompagnement des acteurs. Elles pointent également la nécessité d’un pilotage ferme sur les principes de la réforme et le respect de ses objectifs. Elles soulignent aussi la nécessité de rapprocher les stratégies académiques en matière de développement des enseignements d’exploration industriels. Enfin, la stabilité des moyens accordés apparaît comme une condition indispensable à la réussite de la réforme.
Le SE-Unsa partage ces conclusions. La réforme est difficile, elle bouscule des fonctionnements bien ancrés, elle est exigeante sur le plan pédagogique. Les personnels ne s’y engageront que s’ils ont confiance dans leur hiérarchie et dans la volonté politique du ministre de donner les moyens d’atteindre les objectifs fixés. Au vu des choix faits par les recteurs, le « lycée Chatel » risque de ne jamais voir le jour. Il n’en restera que les effectifs en hausse et les suppressions de postes ! Pas brillant, quand viendra l’heure du bilan !
 
 
 
 
ALC